"La France a mis de côté 99% des études scientifiques" sur le glyphosate dénonce une responsable de Notre Affaire à tous, qui attaque l'Etat en justice

"On voit que la France ne va pas en direction d'une réduction des pesticides", estime la responsable de campagne "Notre affaire à tous", l'une des cinq associations qui attaquent l'Etat en justice pour réduire l'utilisation des pesticides.

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Un tracteur répand des pesticides dans un champ de maïs dans l'Oise. (SYLVAIN CORDIER / BIOSPHOTO)

Cinq associations (Pollinis, Notre Affaire à Tous, ASPAS, Anper-Tos et Biodiversité sous nos pieds) ont déposé ce lundi un recours contre l'État devant le tribunal administratif de Paris, pour lui demander de revoir le processus d'homologation des pesticides, qu'elles jugent insuffisant.

Invitée de franceinfo lundi 10 janvier, la responsable de campagnes pour "Notre affaire à tous", Justine Ripoll, estime que "le processus de validation des pesticides contient énormément de failles". Selon elle, la France a aussi "mis de côté 99% des études scientifiques" sur le glyphosate.

franceinfo : L'Etat a déjà été condamné à l'automne dernier pour inaction climatique. Pourquoi ce nouveau recours ?

Justine Ripoll : On demande à la justice de considérer que l'Etat a, par les engagements pris, inscrits et chiffrés dans la loi, une responsabilité vis-à-vis de la protection de la biodiversité. L'Etat doit légiférer sur l'une des causes principales de l'effondrement de la biodiversité qui est l'utilisation massive des pesticides dans les pratiques agricoles françaises, sachant que de nombreuses études montrent que la biodiversité dans le pays est en train de s'effondrer, en grande partie à cause des pesticides qui ne sont à l'heure actuelle absolument pas évalués et autorisés sur le marché de manière à respecter les engagements de biodiversité et de protection de l'environnement. En France, ce déclin de biodiversité est vraiment massif. Trois quart des pollinisateurs ont disparu, on voit ça aussi sur les insectes, et les espèces qui s'en nourrissent.

Les plans de lutte contre les pesticides sont-ils mal appliqués ?

Le processus de validation des pesticides contient énormément de failles car il se base sur les données fournies par les industriels et pas du tout par les rapports des scientifiques, qui font des études sérieuses. Les plans de lutte contre les pesticides sont mal faits : en France, on voit que les plans Ecophyto, qui visaient à des réductions massives des pesticides, sont des échecs. On n'a pas du tout réussi à atteindre nos objectifs. Et ça, c'est parce que l'Etat n'a pas du tout agi sur les leviers identifiés, notamment le processus d'évaluation de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire nationale). Les tests de pesticides se font en laboratoire et pas en conditions réelles, on n'évalue pas du tout l'effet cocktail, c'est-à-dire la façon dont des pesticides réagissent ensemble. Et ça a des conséquences sur la biodiversité, la santé des agriculteurs et des consommateurs.

Emmanuel Macron a reconnu ne pas avoir pu sortir du glyphosate, comme il le prévoyait dans son programme, à cause de concurrence européenne : pourquoi attaquer au niveau de l'Etat et pas de l'Europe ?

L'échelle européenne et française se renvoient la balle constamment. Même si des choses sont faites au niveau européen, l'échelon national est important : les plans de réduction des pesticides peuvent être mis en place de manière beaucoup plus ambitieuse au niveau français. Le gouvernement français a un rôle à jouer avec la présidence européenne.

On voit que la France ne va pas en direction d'une réduction des pesticides.

Justine Ripoll, responsable de campagne "Notre affaire à tous"

La France a publié avec trois autres pays un rapport sur une évaluation de la réintroduction du glyphosate au niveau européen et au niveau national : on voit que la France ne va pas en direction d'une réduction des pesticides. Avec le cas par exemple du glyphosate, la France est positionnée pour la réintroduction du glyphosate, et pour ce faire, elle a mis de côté 99% des études scientifiques sur le sujet, qu'elle a jugé négligentes, impertinentes ou incomplètes. Le 1% restant, ce sont des rapports de l'industrie chimique et agrochimique. Cela ne va pas du tout dans le bon sens. On a envie d'attaquer au niveau national parce que les éléments du droit national nous permettent de pousser l'Etat à agir.

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