Chasse à la tourterelle des bois : la LPO dénonce "un mépris de la part du ministère de la Transition écologique qui ne tient pas compte des données scientifiques "

La suspension par le Conseil d'État de cette pratique qui visait une espèce d'oiseaux menacée intervient trop tard, selon Allain Bourgrain-Dubourg. Le président de la LPO rappelle que Barbara Pompili avait autorisé, fin août, le tir de plusieurs milliers de tourterelles.

Allain Bougrain-Dubourg, le président de la LPO.
Allain Bougrain-Dubourg, le président de la LPO. (THOMAS PADILLA / MAXPPP)
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Le Conseil d'État a décidé vendredi 11 septembre de suspendre la chasse à la tourterelle des bois - oiseau dont la population s'est effondrée en Europe - pour la saison 2020-2021. Une décision qui s'oppose donc à l'orientation prise récemment par le ministère de la Transition écologique qui avait autorisé par un arrêté du 28 août le tir de 17 460 tourterelles des bois, en dépit de l'opposition de plusieurs associations dont la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

"Près de 7 000 tourterelles abattues"

Si la LPO a pu obtenir gain de cause, Allain Bougrain-Dubourg, son président, invité de franceinfo samedi 12 septembre, dénonce malgré tout "un mépris du ministère de la Transition écologique, qui ne tient pas compte des données scientifiques, qui ne tient pas compte de la volonté des citoyens". Le président de la Ligue de protection des oiseaux estime avoir perdu du temps :"il a fallu une huitaine de jours [pour que le Conseil d'État rende sa décision]. Et pendant ce temps-là, près de 7 000 tourterelles de plus ont été abattues. C'est honteux ou scandaleux", dénonce Allain Bougrain-Dubourg.

Il tient à souligner que c'est l'Europe qui "s'est retournée vers la France et a dit, on veut un cessez-le-feu sur cette espèce". Le président de la LPO indique que son association avait saisi le Conseil d'État en référé "parce qu'on a affaire à une espèce à l'agonie qui a perdu 80% de ses populations". Il rappelle que dans les années 1970, 1980, 1990, la LPO s'est rendue tous les ans dans le Médoc, le 1er mai, pour faire face aux braconniers. 

Ils étaient plus de mille qui dézinguaient chaque année 30 000 tourterelles en pleine période de reproduction, alors que les oiseaux arrivaient d'Afrique pour venir s'épanouir sur le reste de l'Europe.Allain Bougrain-Dubourgà franceinfo

De 1970 à 1990, l'association pouvait compter "en pointe de Grave au nord du Médoc, des passages qui pouvaient représenter plus de 30 000 oiseaux. Le dernier comptage au même endroit cette année, c'est 5 000 oiseaux", déplore le président de la LPO.

"Ils se tirent une balle dans le pied"

Allain Bougrain-Dubourg trouve par ailleurs "pathétique" les chasseurs qui manifestent samedi 12 septembre à Prades (Pyrénées-Orientales) contre l'interdiction de la chasse à la glu. "J'ai l'impression qu'ils tirent leurs dernières cartouches et j'ai envie de dire, ils se tirent une balle dans le pied". Selon lui, les chasseurs "se prétendent à la fois les premiers écologistes de France et ils veulent maintenir une pratique, un piégeage qui est vraiment de la maltraitance pour les animaux, qui se font engluer et qui n'est pas sélectif".

Le président de la LPO souligne que la France "était le dernier pays d'Europe à tolérer cette pratique d'un autre temps". "C'est l'Europe qui nous a imposé de faire comme tous les autres pays et de tourner la page de cette pratique", ajoute-t-il. Rappelant que la chasse est un loisir, Allain Bougrain-Dubourg interroge ses pratiquants : "Est-ce qu'on est obligé, pour se faire plaisir, de taper sur des espèces à l'agonie ? C'est inacceptable".