Acidification des océans : des chercheurs étudient les capacités d'adaptation des huîtres aux conditions de vie du futur

L'ONU tire la sonnette d'alarme sur l'état de santé des océans : surchauffe, acidification, asphyxie et pollution ont un impact sur les organismes vivants dans les fonds marins. Pour évaluer leur capacité d'adaptation, l'Ifremer et le Cnrs ont réalisé une étude sur des huîtres.

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Radio France
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Des scientifiques de l'Ifremer réalisant une étude sur la mortalité des huîtres, en 2017 (illustration). (XAVIER LEOTY / XL VIA AFP)

"Ici, c'est vraiment une salle de prélèvement !" Dans cette salle aux murs blancs de l'Ifremer, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, au nord de Brest, les scientifiques réalisent en quelque sorte l'autopsie des huîtres qui sont projetées dans les décennies à venir. Ces chercheurs de l'Ifremer et du Cnrs étudient les mécanismes d'adaptation des huîtres, lorsqu'elles sont plongées dans un océan plus chaud et plus acide. Pour se faire, les huîtres grandissent un conteneur qui reproduit les conditions de vie dans l'océan en 2050, en 2075 et en 2100, selon les scénarii les plus probables envisagés par le GIEC.

Alors que se tient à Brest le One Ocean Summit – le sommet international sur les océans jusqu'au vendredi 11 février, la santé des océans n'a jamais été aussi préoccupante. Surchauffe, acidification, asphyxie, pollution: l'ONU alerte les États sur l'impact que ces phénomènes auront sur les océans dans les années à venir et plus particulièrement sur les organismes qui y vivent. "Ça va nous permettre d'évaluer les capacités non pas d'acclimatation des animaux d'aujourd'hui aux conditions de demain, mais leur capacité d'adaptation", explique Fabrice Pernet, chercheur en physionomie des mollusques à l'Ifremer.

1,6 degré supplémentaire

Dans le bac des huîtres sont soumises aux conditions de vie de 2075, la température a été augmentée de 1,6 degré et l'acidification est sensiblement poussée. Si ce n'est pas fatal pour les huîtres, ça reste une perturbation importante, reprend Fabrice Pernet. "On sait qu'un des gros problèmes avec l'acidification, c'est la baisse de la teneur en carbonate dans l'eau de mer. Les carbonates constituent les coquilles. Les animaux sont capables jusqu'à un certain point d'en fabriquer par eux-mêmes."

"Ils ont de petites enzymes qui leur permettent de le faire, mais ça leur coûte de l'énergie qu'ils ne mettent pas dans autre chose, comme se reproduire, lutter contre des agents pathogènes. Si l'environnement change, il y aura potentiellement un coût physiologique pour ces organismes."

Fabrice Pernet, chercheur à l'Ifremer

à franceinfo


Dans le bac les huîtres sont soumises aux conditions de vie de 2075. (ETIENNE MONIN / FRANCE INFO)

L’acidification des océans vient du gaz carbonique qu’ils absorbent, qui a atteint un record de concentration, mais les chercheurs essayent de trouver des solutions locales. Pour Frédéric Gazeau, chargé de recherche au laboratoire d’océanographie de Villefranche, partie prenante dans cette étude, la solution pourrait être d'utiliser des algues. "Ce que nous faisons dans le cadre du projet avec l'Ifremer Cocorico 2, c'est justement d'évaluer la possibilité de faire des co-cultures entre les huîtres et les moules, et les algues, précise ce spécialiste. Parce que les algues ont cette capacité, évidemment, d'utiliser du CO2 pour faire de la matière organique et produire de l'oxygène et donc favoriser théoriquement les croissances des organismes en culture." Et l’étude se fera sur la durée, avec plusieurs générations d’huîtres, un processus inédit.

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