Antarctique : des albatros "espions" vont traquer les bateaux suspectés de pêche illégale

Grâce à un système de balise, ces oiseaux peuvent transmettre en quasi-simultané la localisation des navires qu'ils croisent.

Un grand albatros, le 1er juillet 2007.
Un grand albatros, le 1er juillet 2007. (MARCEL MOCHET / AFP)
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Des radars… embarqués sur des oiseaux. Dans les semaines à venir, des grands albatros vont aider à traquer les bateaux suspectés de pêche illégale dans les mers australes. Comment ? Grâce à un système de balise porté par ces géants des océans, transmettant en quasi-simultané la localisation des navires qu'ils croisent.

Entre novembre et mars, 150 premières balises vont être posées sur des albatros des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), après des essais concluants début 2018.

Un programme pour préserver l'espèce

C'est un programme scientifique pour préserver cette "famille d'oiseaux la plus menacée au monde" qui a débouché sur cet emploi indirect d'espion des mers, explique le Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC), du CNRS.

Ocean Sentinel, programme labellisé par le Conseil européen de la recherche (ERC), est né d'une inquiétude sur un déclin démographique "très prononcé" des albatros des Crozet et Kerguelen, "suivis depuis près de cinquante ans, dont on connaît tous les individus", explique à l'AFP Henri Weimerskirch, directeur de recherche au CEBC. Selon l'Union internationale de conservation de la nature (UICN), 18 espèces d'albatros sur 22 sont menacées, voire en danger d'extinction. A l'échelle mondiale, on compte environ 25 000 couples reproducteurs de grands albatros (Diomedea exulans). 

Des navires "en mode discret"

D'où l'idée du CEBC d'une balise dernier cri, mise au point avec une société néo-zélandaise et qui va renseigner sur le comportement des albatros, leur état, leurs déplacements, mais qui va aussi détecter les radars des bateaux croisés en route par les oiseaux.

Un point crucial, sachant que lorsqu'ils se livrent à des pêches illégales, des bateaux peuvent "éteindre" leur "système d'identification automatique" (AIS) pour passer en mode discret. En revanche, ils ne peuvent naviguer sans radar, pour des raisons de sécurité. "Or la moitié des bateaux qu'on détecte [lors des essais] n'ont pas leur AIS branché..." souligne Henri Weimerskirch. Mais avec l'albatros et sa balise, qui "capte" le bateau à partir de 5 km, "on a la localisation du bateau une demi-heure après le contact".

En cas de navire non déclaré dans ou trop près d'une Zone économique exclusive (ZEE), "l'information est fournie aux autorités, pour information et interception éventuelle", souligne la présentation d'Ocean Sentinel.