"On ne nous a pas nourris pendant trois jours" : un journaliste dénonce la torture dans les prisons de Biélorussie

En Biélorussie, les témoignages se multiplent quant à la torture subie dans les prisons, suite à la répression des manifestations contre la réélection de Loukachenko.

Une manifestante de l\'opposition biélorusse tient la photo d\'un homme blessé lors de la contestation contre Loukachenko.
Une manifestante de l'opposition biélorusse tient la photo d'un homme blessé lors de la contestation contre Loukachenko. (SERGEI GAPON / AFP)

La contestation se poursuit en Biélorussie, plus d'une semaine après la réélection à la présidence d'Alexandre Loukachenko, un scrutin dont les résultats sont contestés par l'opposition mais aussi une partie de la communauté internationale. Depuis, le pays vit des manifestations inédites contre Loukachenko, mais la répression de ce mouvement est de plus en plus dure.

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Alors que les témoignages émergent au sujet de la torture pratiquée contre les opposants en prison, franceinfo a pu recueillir celui d'un journaliste à Minsk, capitale de la Biélorussie. Siarjouk Guiérassimovitch, 37 ans, travaille pour le média indépendant Belsat. Il a été arrêté lundi alors qu'il marchait seul sur une place du centre ville, et transporté immédiatement à la prison de l’Okrestina où de nombreux récits de tortures sur les détenus ont été rapportés.

"Les coups des miliciens pleuvaient"

Ce journaliste a passé plus de trois jours dans les geôles du régime avant d’être libéré. Aujourd'hui chez lui, il témoigne en espérant une mobilisation notamment des médias. "On m’a transféré entre plusieurs camions cellules et on m’a battu dans chaque camion. Quand on est arrivés à la prison, on nous a dit de mettre la tête par terre, les mains dans le dos, et des deux côtés, les coups des miliciens pleuvaient."

A la prison de l’Okrestina les conditions de vie sont inhumaines, dénonce le journaliste. "On ne nous a pas nourris pendant trois jours. Et finalement on a eu droit à une bouillie le dernier jour, on nous a rajouté des gens, et nous étions finalement 36 dans une cellule pour quatre."

On ne savait plus comment respirer dans 20 mètres carrés. Les gens étaient les uns sur les autres. Après ils ont décidé de faire sortir les gens parce qu’ils perdaient conscience, ils étaient évacués en ambulance. Il n’y avait absolument pas d’air.Siarjouk Guiérassimovitchà franceinfo

 

Du chlore sur le sol

La torture est aussi physique pour certains détenus comme pour ce DJ qui partage la cellule de Siarjouk Guiérassimovitch, arrêté pour avoir joué en public une chanson devenue l’hymne de la contestation. "On l’a jeté chez nous, il était en slip, raconte le journaliste. Et il a dit qu’il avait passé les cinq premiers jours en cellule spéciale. Une cellule de deux mètres sur quatre. Il n’y a pas de toilettes, juste un trou dans le sol, un seau et un robinet. Et sur le sol ils ont mis de l’eau mélangée à du chlore, pour que cela lui brûle les yeux."

Siarjouk Guiérassimovitch se dit prêt malgré cette expérience à encore faire entendre sa voix. "Je suis prêt à retourner manifester. Ils te cassaient tellement que tu avais l’impression que c’était terminé. Et moi quand je suis sorti, ma femme m’a transporté en voiture à Minsk, je voyais ces gens qui sortaient et j’ai compris que non, rien n’est fini."