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Biélorussie : sous la pression internationale, "le pouvoir essaie de se montrer beaucoup plus doux dans ses tentatives de réprimer", analyse l'universitaire Ioulia Shukan

Une nouvelle manifestation doit se dérouler à Minsk, capitale de la Biélorussie, dimanche 30 août, pour contester la réélection d'Alexandre Loukachenko.

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Radio France
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Des manifestantes à Minsk en Biélorussie le 29 août 2020, surveillées par des membres des forces de police. (EVGENY ODINOKOV / SPUTNIK / AFP)

"Le pouvoir essaie de se montrer beaucoup plus doux dans ses tentatives de réprimer, on ne voit pas de violences extrêmement arbitraires comme on a pu l'observer" car il se sent observé par la communauté internationale, explique Ioulia Shukan, maîtresse de conférences en études slaves à l’Université Paris Nanterre, sociologue et spécialiste de l’Ukraine et de la Biélorussie, alors qu'une nouvelle manifestation doit se tenir à Minsk, capitale de la Biélorussie, pour contester la réélection du président Alexandre Loukachenko. "Mais dans le même temps, la police boucle la ville donc bien évidemment, on peut s'attendre à tout."

franceinfo : Ya-t-il encore des personnes dont on n'a pas de nouvelles après leur interpellation ?

Ioulia Shukan : En tout cas, je crois qu'on avait identifié effectivement l'ensemble des personnes qui avaient été interpellées pendant les trois premières journées qui ont suivies l'élection. Mais ce qu'on voit, c'est que la police durcit aussi le ton en ce moment et les interpellations ont repris, notamment les hommes dans les manifestations. Les femmes sont laissées libres et on arrête les hommes. Et ensuite, ils encourent tous ce risque d'amende imposée pour participation à des actions non autorisées par le pouvoir. La répression se poursuit, elle concerne de nouveaux segments dans cette mobilisation. On a vu pendant toute la semaine de nombreuses pressions sur les leaders ouvriers pour empêcher effectivement la grève de se matérialiser dans les grandes usines, dans les grandes industries. Mais je pense que c'est extrêmement inquiétant ce retrait d'accréditations [de médias étrangers] puisque toutes les images de la mobilisation qu'on voyait, notamment lorsqu'on est à l'étranger, viennent notamment de ces médias, des streamings indirects et donc des vidéos. Et là, avec ce retrait d'accréditations, c'est un coup dur qui peut être porté aussi à l'image du mouvement, en tout cas à sa présence et à notre connaissance quand on l'observe de l'extérieur.

Craignez-vous une forte répression pour la manifestation de cette après-midi ?

C'est extrêmement difficile de prévoir. On a vu que le pouvoir essaie de se montrer beaucoup plus doux dans ses tentatives de réprimer. Enfin, quand je dis doux, on ne voit pas de violences extrêmement arbitraires, comme on a pu l'observer. Mais dans le même temps, la police boucle la ville. Il semblerait que la place du rassemblement soit déjà déjà bouclée. Et donc, bien évidemment, on peut s'attendre à tout. Mais en tout cas, ici, les manifestants sont déterminés à redescendre dans la rue et à rester pacifiques. Cet esprit pacifique de la mobilisation est extrêmement présent.

Craignez-vous également que le pouvoir coupe à nouveau internet pour la manifestation de cette après-midi ?

Bien sûr, c'est récurrent. Dès qu'il y a un rassemblement un peu plus important, internet est coupé et la communication est extrêmement difficile. C'est devenu vraiment la pratique du pouvoir. Et il faut rappeler aussi que l'information pour les Biélorusses est extrêmement limitée puisqu'il y a un grand nombre de sites, une centaine de sites d'information, auxquels l'accès est impossible en Biélorussie. Donc l'objectif, c'est vraiment d'empêcher aussi l'information de circuler et rendre la coordination difficile. Les chaînes Telegram servent d'outil de mobilisation, avec des indications sur la marche à suivre. C'est d'ailleurs extrêmement impressionnant de voir à quel point Telegram joue un rôle très important. Telegram est vraiment un outil de préférence, un réseau de préférence pour les Biélorusses pour des raisons de sécurité.

Les jeunes sont très mobilisés en Biélorussie, mais est-ce que les ouvriers se mobilisent eux aussi à nouveau ?

Dimanche dernier, par exemple, lors de cette grande mobilisation, on voyait plusieurs groupes d'ouvriers participer. Mais j'ai l'impression que le pouvoir craignait vraiment cette mobilisation de ce segment-là, le segment de la société sur lequel il s'est appuyé auparavant. Et donc les pressions étaient extrêmement dures. A la fois les menaces de licenciements, mais aussi des menaces sur les membres des familles, ce qui a empêché finalement ce mouvement de grève. On s'attendait à une grève massive dans les industries et on a vu les premiers signes de mise en œuvre de cette grève, mais à cause de la contre-offensive du pouvoir, j'ai l'impression que le mouvement est ralenti. Même si on voit aussi des ouvriers qui se manifestent en tant qu'ouvriers, qui viennent en bleu de travail pour signaler leur appartenance à une société ou une grande industrie aux chemins de fer.

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