Biélorussie : humiliés, frappés, torturés à l'électricité... Des manifestants et des passants jetés en prison racontent

Des centaines de ces personnes ont décrit ce qu'elles ont vécu en détention, où elles ont été privées de nourriture, d'eau, de sommeil, tabassées et torturées. Une répression qui s'abat depuis dimanche et la réélection contestée d'Alexandre Loukachenko à la tête du pays.

Deux hommes libérés de la prison d\'Okrestina, à Minsk (Biélorussie), montrent leurs blessures subies en détention, le 14 août 2020.
Deux hommes libérés de la prison d'Okrestina, à Minsk (Biélorussie), montrent leurs blessures subies en détention, le 14 août 2020. (SERGEI GAPON / AFP)

"On pensait qu'on serait enterrées ici." Au moins 6 700 personnes ont été arrêtées en Biélorussie en cinq jours lors des manifestations contre la victoire controversée à l'élection présidentielle d'Alexandre Loukachenko. Après leur libération, vendredi 14 août, des centaines de ces personnes ont décrit l'enfer vécu en détention, où elles ont été privées de nourriture, d'eau, de sommeil, tabassées et torturées à l'électricité.

"Ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent, et nous, on n'a aucun droit", lance Iana Bobrovskaïa, 27 ans. Cette professeure de mathématiques libérée après avoir passé quatre jours en prison à Minsk, partageant avec une cinquantaine de détenues une cellule destinée à quatre personnes.

Iana Bobrovskaïa dit avoir été privée de nourriture pendant trois jours et s'être vu refuser du papier toilette et des protections hygiéniques, les gardiens proposant aux femmes détenues de s'essuyer avec leurs vêtements. Selon l'ONG Amnesty International, plusieurs femmes ont été menacées de viol en détention et des hommes ont parfois été obligés de se mettre à quatre pattes, entièrement nus, pour être battus avec des matraques.

"On ne pouvait pas respirer"

Plusieurs ex-détenus ont été amenés à l'hôpital à leur sortie de prison, à bord d'ambulances. Parmi eux, Maxim Dovjenko, 25 ans, qui assure n'avoir même pas participé aux manifestations mais s'être simplement trouvé sur les lieux au moment de la répression policière. "On m'a frappé très fort à la tête (...), mon dos est couvert de bleus après des coups de matraque", raconte-t-il.

Ils m'ont brûlé les mains avec des cigarettes.Maxim Dovjenjkoà l'AFP

Olessia Stogova, une Russe arrêtée dans les rues de Minsk alors qu'elle regardait les manifestations, compare son séjour en prison à un séjour dans une "chambre de torture". Venue de Saint-Pétersbourg rendre visite à un ami, cette trentenaire dit avoir été battue avec des matraques et menacée d'être "défigurée" jusqu'à ce qu'elle "ne se reconnaisse pas".

Dans la cellule pour quatre personnes où elle a été détenue avec une quarantaine d'autres femmes, "nous étions comme des sardines en boîte, debout, toutes en sueur", raconte-t-elle. "On ne pouvait pas respirer", ajoute-t-elle.

Un homme a envoyé à un journaliste du Financial Times des images de son corps marqué par le traitement subi en prison.

Ales Pouchkine, célèbre artiste biélorusse, arrêté lors d'une manifestation, dit aussi avoir été battu jusqu'à ce qu'il "devienne bleu""Tous les jours, j'ai été brutalisé", affirme cet homme de 55 ans. Mikhaïl Tchernenkov, entrepreneur âgé de 43 ans, a montré à l'AFP ses fesses également tuméfiées, en expliquant avoir été torturé à l'électricité et frappé avec des matraques.