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Critiques en Europe après une bavure de l'Otan

Plusieurs pays ont critiqué samedi le bombardement de l'Otan qui aurait fait jusqu'à 90 morts en Afghanistan
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Un camion-citerne détourné par les talibans et bombardé par l'Otan près de Kunduz, en l'Afghanistan (4 septembre 2009) (© AFP / Massoud Hossaini)
Plusieurs pays ont critiqué samedi le bombardement de l'Otan qui aurait fait jusqu'à 90 morts en AfghanistanPlusieurs pays ont critiqué samedi le bombardement de l'Otan qui aurait fait jusqu'à 90 morts en Afghanistan

"C'est une grosse erreur", a déclaré le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner à Stockholm.

Le raid de vendredi visait des talibans qui avaient détourné deux camions-citernes des forces internationales dans la province de Kunduz (nord), mais il a touché de nombreux civils, selon les autorités locales.

Bernard Kouchner a estimé que la stratégie en Afghanistan devait être "principalement de travailler avec le peuple afghan, pas de le bombarder".

Son homologue luxembourgeois, Jean Asselborn, a dénoncé le bombardement en termes encore plus durs. "Je ne comprends pas que des bombes puissent être ainsi larguées aussi facilement et rapidement", a-t-il déploré devant la presse. "Même s'il n'y avait qu'un civil sur place, cette opération n'aurait pas dû avoir lieu", a-t-il ajouté.

La veille, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, avait déclaré: "On est là en Afghanistan pour garantir la vie des Afghans, pas pour leur apporter la mort". Son collègue britannique, David Miliband, avait demandé une enquête urgente.

De son côté, la Maison Blanche s'est dite "très préoccupée", tout en déclarant attendre les résultats de l'enquête.

Le ministre allemand de la Défense Franz Josef Jung a lui au contraire défendu l'opération samedi. "Quand à six kilomètres de nous, des talibans prennent deux citernes d'essence, cela signifie un grand danger pour nous", a-t-il déclaré au site internet du quotidien Bild.

Les avions de l'Otan ont bombardé deux camions-citernes destinés aux forces internationales, qui avaient été détournés par les talibans. Les insurgés auraient invité des civils à se servir en essence et, selon des témoins, le bombardement s'est produit au moment où ceux-ci siphonnaient le carburant. Il aurait tué des dizaines de personnes et en aurait grièvement blessé de nombreuses autres. De nombreux grands brûlés étaient traités vendredi matin dans un hôpital de Kunduz, la capitale du district, a rapporté un correspondant de l'AFP sur place. Les autorités n'ont pas pu fournir de bilan précis.

Les forces étrangères ont d'abord affirmé n'avoir tué que des talibans. Mais des témoins et les autorités locales l'ont rapidement démenti et déploré des victimes civiles.

L'Otan, l'Onu et Kaboul ont promis d'enquêter après cette bavure qui risque de relancer la polémique sur les méthodes des troupes occidentales, accusées de faire peu de cas de la population locale.

Le président afghan Hamid Karzaï a estimé vendredi après-midi que "viser des civils de quelque manière que ce soit est inacceptable".

La riposte aérienne est intervenue quatre jours après que le chef des forces américaines et de l'Otan dans le pays, le général Stanley McChrystal, a recommandé dans un rapport de "revoir la stratégie" des troupes internationales après 8 ans de conflit, notamment dans le but de gagner la confiance des populations.

Selon l'ONU, sur les six premiers mois de 2009, plus de 1000 civils ont péri, parmi lesquels un tiers ont été tués par les forces favorables au gouvernement, essentiellement dans les bombardements aériens des troupes internationales. Les frappes aériennes sont une cause majeure de l'opposition populaire à la présence étrangère.

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