Pourquoi Kim Jong-un est absent en Corée encore

Grand absent du 69e anniversaire du parti au pouvoir, vendredi, le chef d'Etat nord-coréen n'est plus apparu en public depuis le 3 septembre, alimentant toutes les spéculations. Francetv info livre trois hypothèses.

Le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, pose avec des militaires, le 17 avril 2014 à Pyongyang. 
Le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, pose avec des militaires, le 17 avril 2014 à Pyongyang.  (KCNA / REUTERS)

Mais où est Kim Jong-un ? Le dictateur nord-coréen a été le grand absent du 69e anniversaire du parti au pouvoir, vendredi 10 octobre, un rendez-vous incontournable pendant lequel il est pourtant d'usage de rendre hommage à son père, Kim Jong-iI.

Le leader n'est plus apparu en public depuis le 3 septembre, lorsqu'il a assisté, cigarette à la main, à un concert de Moranbong Band, un girls-band du pays, aux côtés de sa femme Ri Sol-ju. Une photo de la soirée circule encore sur internet.

Depuis, personne ne l'a vu. Ni à l'ouverture de la nouvelle session du Parlement, le 24 septembre, ni à la cérémonie de clôture des Jeux asiatiques à Incheon, en Corée du Sud, le 4 octobre, où il s'est fait représenter. Cette longue absence médiatique, très inhabituelle pour le dirigeant toujours prompt à s'afficher devant les caméras, alimente toutes les spéculations. Plusieurs hypothèses, plus ou moins crédibles, circulent.

1 Il est diabétique ou accro aux talons

La télévision d'Etat l'a récemment admis, raconte Le Point : Kim Jong-un serait bel et bien "indisposé". Mais pour quelle raison ? Sur ce point, les rumeurs les plus folles circulent. Le Daily Mail (en anglais) assure, sans rire, que Kim Jung-un avalerait des quantités astronomiques d'emmental depuis qu'il a découvert ce fromage suisse, au point de mettre sa santé en danger. Ses deux chevilles auraient vraisemblablement cédé sous son poids. A moins qu'elles ne se soient brisées en raison de son goût immodéré pour les chaussures militaires à talons, peu compatibles avec son embonpoint, avance l'un des principaux quotidiens sud-coréens, le Chosun Ilbo (en anglais). D'après le journal, Kim Jong-un aurait été opéré le 29 septembre dans un hôpital réservé aux cadres du régime et serait désormais en convalescence. 

Une chose est sûre : le leader nord-coréen souffre de "surpoids manifeste" et il est apparu boiteux et diminué lors d'un reportage à la télévision officielle diffusé pendant l'été, assure la BBC (en anglais). La radio décrit un dirigeant en pleine visite d'usine, caché sous des "vêtements amples, comme pour dissimuler ses difficultés à marcher". Pour l'agence sud-coréenne Yonhap (en anglais), citant une source anonyme, Kim Jong-un souffrirait plutôt de "goutte, d'hyperuricémie, d'hyperlipidémie, d'obésité, de diabète et d'hypertension artérielle". Une piste probable puisque son grand-père, Kim Il-sung, souffrait lui-même de diabète.

"Circulez, il n'y a rien à voir", martèle pourtant le régime. Le ministre sud-coréen de l'Unification, chargé des affaires nord-coréennes, a récemment balayé ces spéculations d'un revers de main : "Il n'y a aucun problème avec la santé du secrétaire [général du Parti communiste] Kim", a-t-il affirmé, citant un haut responsable nord-coréen.

2Il n'est plus le maître en Corée du Nord

Dans le magazine Vice (en anglais), un ancien cadre du régime, Jang Jin-sung, livre une toute autre explication. Selon cet ex-agent des services de contre-espionnage, le pays serait au bord de la guerre civile et Kim Jong-un aurait été écarté du pouvoir par de puissants apparatchiks proches de son père défunt, Kim Jong-il.

Il assure qu'un coup d'Etat a eu lieu en 2013 et que Kim Jong-un "n'est plus qu'un dirigeant-marionnette dont les ficelles sont tirées" par les cadres du département de "l'organisation et de l'encadrement du Parti", mis en place en 2011 et dirigé par Hwang Pyong-so. Ce dernier est apparu lors de la cérémonie de clôture des Jeux asiatiques en lieu et place de Kim Jong-un. Mais aucune preuve ne vient corroborer cette hypothèse, souligne The Atlantic (en anglais), qui rappelle la purge effectuée par le dictateur afin d'écarter toute personne en désaccord avec lui. 

L'absence prolongée de celui qui se présente comme le leader "suprême" pourrait toutefois être un symptôme de l'instabilité du pouvoir en place. D'après CNN (en anglais), qui s'appuie sur les dires d'un think-tank sud-coréen, la petite-sœur du dirigeant, Kim Yo-jong, est de plus en plus présente et pourrait bien avoir pris les rênes du pays.

Une hypothèse qui ne convainc pas Pascal Dayez-Burgeon, normalien et ancien diplomate, auteur de La Dynastie rouge"Qu'elle expédie les affaires courantes pendant l'absence de son frère, c'est tout à fait possible. Kim Jong-il aussi avait une sœur très présente. (...) Cela peut-être un message, pour dire : 'Je fais comme mon père'. (...) Mais, eu égard à cette philosophie, les femmes n'ont pas le pouvoir en Corée du Nord, une société machiste et gérontocratique. Je vois mal des généraux de 70 ans obéir à une jeune fille...", explique-t-il dans Le Parisien.

3Il veut faire parler de lui

Et si cette mystérieuse disparition n'était qu'une façon pour Kim Jong-un de faire parler de lui ? Ce n'est pas la première fois que le dirigeant nord-coréen disparaît, souligne Vice. Ainsi, entre mars et juin 2012, personne ne l'a vu pendant trois semaines. Et en janvier 2013, il a passé 18 jours sans se montrer. Son grand-père et son père avaient, eux aussi, tendance à se volatiliser dans la nature, note Pascal Dayez-Burgeon dans Le Parisien

Et puis, Kim Jong-un n'a pas totalement disparu de la circulation ni cessé toute communication. The Atlantic (en anglais) rappelle que le dirigeant a envoyé une lettre à Bachar Al-Assad au début du mois de septembre et rédigé plusieurs missives à l'intention d'autres dirigeants communistes.  

Pascal Dayez-Burgeon prône donc la méfiance vis-à-vis de l'attitude d'un dirigeant à la tête d'une nation verrouillée et dominée par la propagande. Pour ce connaisseur de la Corée du Nord, "le silence est une stratégie comme une autre : quand on n'a rien à dire sur vous, vous disparaissez pour qu'on parle de vous. C'est une manière d'exister." D'après lui, Kim Jong-un pourrait bien refaire son apparition le 17 décembre, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de son père.