"La Corée du Nord n'a pas la technologie pour envoyer des missiles nucléaires"

Pyongyang a donné hier le "feu vert" à son armée pour des frappes nucléaires contre les Etats-Unis. Francetv info a interrogé un spécialiste d'astronautique sur la crédibilité de cette menace. 

Photo non datée de missiles tirés par l\'armée nord-coréenne. Le cliché a été distribué le 19 mars 2013 par KCNA, l\'agence officielle de la Corée du Nord.
Photo non datée de missiles tirés par l'armée nord-coréenne. Le cliché a été distribué le 19 mars 2013 par KCNA, l'agence officielle de la Corée du Nord. (KNS / KCNA / AFP)

L'état-major de l'armée nord-coréenne a reçu, mercredi 3 avril, l'approbation finale de Pyongyang pour déclencher des opérations militaires contre les Etats-Unis, y compris d'éventuelles frappes nucléaires. "L'opération impitoyable a été définitivement examinée et ratifiée", affirme un communiqué.

Alors que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s'est déclaré jeudi "profondément préoccupé" par la surenchère de Pyongyang, francetv info a interrogé Jean-Michel Contant, secrétaire général de l'Académie internationale d'astronautique, pour revenir sur la technologie dont dispose la Corée du Nord.

Francetv info : La Corée du Nord menace de frapper les Etats-Unis avec des missiles nucléaires. Est-ce crédible ?

Jean-Michel Contant : Réussir à satelliser des charges civiles [mettre en orbite un satellite à vocation civile, par opposition à un satellite militaire], ce qu'a réussi à faire Pyongyang, c'est une étape importante. Les Nord-Coréens ont montré qu'ils étaient crédibles. En tout cas, qu'ils avaient une capacité de maîtrise technologique.

Mais cela ne suffit pas. Il est impossible que la Corée du Nord dispose de la technologie nécessaire pour envoyer des missiles nucléaires sur les Etats-Unis. Il faut réussir des essais nucléaires au sol, et il faut surtout parvenir à miniaturiser la charge pour la faire tenir sur un missile. Au sol, on peut faire des essais avec des charges de plusieurs tonnes, qui prennent un volume gigantesque. Il y a alors deux problèmes : un missile ne mesure qu'1,50 mètre ou 2 mètres de diamètre, et ne peut embarquer que plusieurs centaines de kilos de matériel, une tonne au maximum. 

Dans combien de temps la Corée du Nord va-t-elle maîtriser la miniaturisation ?

Difficile de répondre. Mais il faut se souvenir qu'un programme de missiles dure environ vingt ans. C'est le temps qu'ont mis la France, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis pour développer leurs missions. Et à ce niveau, tout le monde est logé à la même enseigne : cela prend du temps. Un temps que n'a pas eu la Corée du Nord. De plus, cela coûte cher. Et Pyongyang n'a pas d'argent.

Il est également possible que la Corée du Nord ne maîtrise jamais la miniaturisation. Elle peut se heurter à des barrières technologiques, et faire des essais sans qu'ils ne marchent jamais. Une chose est certaine, je le répète : à l'heure actuelle, la Corée du Nord n'a pas la technologie pour envoyer des missiles nucléaires.

Mais Pyongyang a-t-il malgré tout un pouvoir de nuisance ?

Si elle ne peut envoyer de têtes nucléaires, la Corée du Nord peut tout de même utiliser ses missiles pour envoyer soit des bombes classiques, ce qui ferait évidemment des dégâts, soit des armes chimiques. [Huit pays dans le monde n'ont pas ratifié la Convention de Paris de 1995 interdisant l'usage, mais aussi la mise au point et la fabrication, d'armes chimiques : la Corée du Nord, la Syrie, la Somalie, l'Angola, l'Egypte, le Soudan du Sud, la Birmanie et Israël.] Mais rien n'indique qu'elle dispose d'un tel arsenal.

Quant à la portée de ses missiles, il est peu probable que la Corée du Nord soit en mesure d'atteindre les Etats-Unis. Peu de pays sont capables d'envoyer des engins balistiques longue portée, c'est-à-dire à 10 000 km. Mais si on prend les missiles à courte (2 000 km) ou moyenne portée (4 000 à 5 000 km), dont elle dispose, le pays a déjà de nombreuses cibles dans son rayon d'action.

Quoiqu'il en soit, même si elle parvenait à frapper les Etats-Unis avec des bombes classiques, la Corée du Nord ne parviendrait pas à les faire plier. Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands ont frappé Londres avec des centaines de missiles V2, et cela ne les a pas aidés.