Conflit dans le Haut-Karabakh : "Nous avons peur, nous restons ici, nous écoutons la sirène et tomber les bombes"

Une fragile trêve entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan a été conclue samedi dans le Haut-Karabakh. Mais les deux camps se sont accusés mutuellement lundi d'avoir procédé à de nouvelles attaques, obligeant les habitants à vivre terrés dans les caves et les sous-sol pour échapper aux bombardements.

Article rédigé par
Claude Bruillot - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une femme, réfugiée dans un sous-sol de Stepanakert, prépare le repas. Le 8 octobre 2020 (PABLO GONZALEZ / EFE)

Le cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh entre Arméniens et Azerbaïdjanais est pour le moins précaire depuis samedi. Le conflit, qui a pris de l'ampleur avec l'implication de la Turquie et de mercenaires syriens, a déjà coûté la vie à des centaines de soldats et de civils de part et d'autres. A Stepanakert, la capitale de l'enclave arménienne au coeur du territoire de l'Azerbaïdjan, les habitants qui sont restés vivent depuis deux semaines terrés dans des caves et des sous-sols pour se mettre à l'abri des bombardements. 

Lentement, sans paniquer malgré les bombardements à l'extérieur, comme pour défier l'ennemi, Makbet prend son temps pour nous conduire à travers un corridor poussiéreux en terre battue, dans les caves de son immeuble, au coeur d'un quartier au nord-est de Stepanakert. À 68 ans, ce vétéran arménien de la première guerre du Haut-Karabakh en 1992 dit qu'il est fier du courage des huit femmes qui partagent avec lui une pièce de 30 mètres carrés. "Elles sont magnifiques, elles résistent. En tant que femmes, elles soutiennent vraiment nos hommes", dit-il.

Nos femmes ont survécu à la première guerre et vont survivre à la deuxième, et à la troisième aussi.

Makbet, un Arménien de Stepanakert

à franceinfo

Ce sont des mères, des soeurs ou des épouses de soldats arméniens partis au front. Elles vivent là, sous terre, depuis deux semaines, comme Donara, 62 ans, professeure de langues étrangères. "Nous avons peur. Nous restons ici et nous écoutons la sirène et comment la bombe tombe. Toutes les nuits nous restons ici. Quand il n'y a pas de sirène, nous sortons pendant le jour", témoigne-t-elle.

Personne ne parle en revanche des bombardements arméniens sur Ganja, la deuxième ville d'Azerbaidjan, avec là aussi des victimes civiles, dans ce conflit qui parait sans fin, car jamais vraiment abordé sur le fond. "Du point de vue du droit international, la terre ici appartient à l'Azerbaïdjan, explique Mikhail Roshchine, chercheur à l'institut d'études orientales à Moscou, observateur international dans le Haut-Karabakh entre 1996 et 1998. Mais d'un autre côté, il y a aussi le droit à l'autodétermination. Quand l'organisation des Nations Unies a été formée, c'était la priorité des États, pas la priorité à l'autodétermination."

"Le peuple du Haut-Karabakh est fort"

Avant de quitter les caves de cet immeuble de Stepenakert sous les bombes comme beaucoup d'autres, nous sommes attirés par un filet de lumière sous une porte, et quelques notes de musique. Dans un réduit de 10 mètres carrés vit Oleg, 72 ans. Il ne peut pas dormir, alors il range quelques vieilles affaires, boit du thé et met la musique pour couvrir le bruit des sirènes et des bombes. "Le malade peut avoir peur, mais nous ne sommes pas malades. Nous sommes des hommes sages. Nous, peuple du Haut-Karabakh, nous sommes forts," lance-t-il.

Bientôt le jour va se lever sur Stepanakert. Encore une nuit de passée à tenir, disent Oleg, Donara, Makbet, Laura et tous les autres. Ces habitants des caves attendront l'accalmie pour sortir admirer les montagnes autour. Leurs montagnes.

Les "habitants des caves" de Stepenakert - Le reportage, dans le Haut-Karabakh, de Claude Bruillot
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