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Comment Anders Behring Breivik a réussi à débarquer sur l'île d'Utoya

Au procès du tueur à Oslo, un vigile et un capitaine de ferry racontent comment l'extrémiste, déguisé en policier, les a dupés pour pouvoir se rendre sur l'île où il allait commettre un carnage.

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Anders Behring Breivik lors de son procès, le 27 avril 2012, au tribunal d'Oslo (Norvège). (HAKON MOSVOLD LARSEN / AFP)

Un vigile et le capitaine d'un ferry faisant la navette entre le continent et Utoya ont relaté jeudi 3 mai à Oslo (Norvège) comment Anders Behring Breivik, déguisé en policier, les avait dupés le 22 juillet 2011 pour pouvoir se rendre sur l'île où il allait commettre un carnage.

"On dégage une certaine autorité quand on arrive en uniforme de policier", a expliqué Simen Braeden Mortensen devant le tribunal d'Oslo, au onzième jour du procès de l'extrémiste de droite. Chargé de contrôler les personnes voulant embarquer pour Utoya, où se tenait un camp d'été de la Jeunesse travailliste, le jeune vigile se rappelle comment Breivik lui a expliqué avoir été envoyé par précaution après l'attentat à la bombe qui venait de ravager le siège du gouvernement à Oslo ce jour-là. Il a certes tiqué en le voyant descendre d'une Fiat civile grise, raconte-t-il à la cour, mais la fausse carte du PST, le service de renseignement intérieur, que Breivik portait autour du cou a eu raison de ses soupçons. "J'ai cru que c'était une pièce d'identité policière légitime", a dit le vigile, sous le regard toujours imperturbable du tueur.

"Je passe mon temps à me demander si j'aurais pu agir autrement"

Passé ce premier obstacle, Breivik a alors pu embarquer sur le ferry MS Thorbjoern, immobilisé sur Utoya après l'attentat d'Oslo mais exceptionnellement envoyé sur l'autre rive pour convoyer le faux policier. Témoin très attendu, le capitaine du ferry, Jon Olsen, a expliqué comment il avait lui-même aidé à transporter une caisse qui s'avérera pleine de munitions, puis comment il s'était enfui après les premiers coups de feu, laissant derrière lui sa concubine morte et sa fille désemparée.

"Je passe le plus clair de mon temps à me demander si j'aurais pu agir autrement. A chaque fois, j'arrive à la conclusion que j'ai agi comme il le fallait, déclare le capitaine. L'uniforme et tout le reste laissaient supposer que tout était en ordre." Juste après avoir débarqué la lourde caisse que Breivik affirme remplie d'équipements de détection d'explosifs, le capitaine du ferry voit le faux policier abattre sa première victime, le vigile du camp.

A ce jour, Jon Olsen peine encore à se rappeler s'il voit, immédiatement après, Breivik tourner son arme sur sa compagne Monica Boesei, la "matriarche" de l'île. "Je pense alors qu'il s'agit d'un exercice mais, d'un autre côté, j'imagine que j'aurais été au courant", se souvient-il. 

"C'était totalement silencieux"

Paniqué, le capitaine prend la fuite puis, au terme d'un long détour, parvient à regagner le MS Thorbjoern avec lequel il appareille, accompagné des quelques personnes qui ont trouvé refuge à bord. "Il fallait mettre le bateau loin de là" hors de portée des balles de Breivik, explique le capitaine. "C'était totalement silencieux. Je pensais que le ciel allait bientôt être rempli d'hélicoptères, que le fjord serait couvert de bateaux et de gyrophares mais non, rien ne se produisait." Ayant reçu un message affirmant que sa fille était saine et sauve, le capitaine aidera ensuite à convoyer les services de secours sur l'île et à en évacuer morts et blessés.

Les attaques du 22 juillet ont fait au total 77 morts, dont 69 sur l'île, parmi lesquels de nombreux adolescents. S'il reconnaît les faits, l'extrémiste de 33 ans plaide non coupable, qualifiant son geste d'"attaques préventives contre les traîtres à la patrie" coupables à ses yeux de livrer la Norvège au multiculturalisme et à "l'invasion musulmane".

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