Chypre : pourquoi la crise n'est pas terminée

Départ des investisseurs étrangers, entreprises en faillite, colère des Chypriotes… Pour certains économistes, la question de la sortie du pays de la zone euro n'est plus taboue.

Des Chypriotes manifestent lors de la fête nationale grecque, le 25 mars 2013 à Nicosie (Chypre).
Des Chypriotes manifestent lors de la fête nationale grecque, le 25 mars 2013 à Nicosie (Chypre). (PATRICK BAZ / AFP)

Si Chypre a finalement conclu un accord avec ses bailleurs de fonds internationaux dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 mars, l'heure n'est pas encore au soulagement. Le plan de sauvetage va certes permettre d'éviter la banqueroute, mais la crise est loin d'être terminée. Pour certains économistes, la question de la sortie du pays de la zone euro n'est plus taboue. Francetv info revient sur les raisons de cette inquiétude. 

Un risque de récession 

Conséquence de la fermeture des banques depuis le 16 mars, Chypre pourrait connaître une pénurie en aliments et en médicaments dans les prochaines semaines, prévoient des économistes. Des limitations sur les retraits aux guichets automatiques pourraient encore être maintenues quelques semaines. "Il sera difficile pour les entreprises de payer les salaires et d'acheter des biens", explique l'économiste Fiona Mullen, directrice du cabinet de consultants chypriote Sapienta Economics. Mais c'est surtout sur le long terme que l'incertitude plane. L'île pourrait connaître une récession de "15% pour la première année et de 5% pour la suivante", poursuit l'économiste. Pour l'ancien gouverneur de la Banque centrale chypriote Afxentis Afxentiou, les effets de la crise pourraient se répercuter pendant "au moins une décennie".

Un secteur bancaire ravagé

Chypre va devoir dire adieu aux investisseurs étrangers, notamment russes, qui vont éviter son secteur financier dévasté. Le plan conclu dimanche prévoit notamment la mise en faillite de la Laiki Bank, deuxième banque de l'île, avec des pertes importantes pour les fonds supérieurs à 100 000 euros, non garantis par le droit européen. Les sommes supérieures à 100 000 euros déposées dans la principale banque, la Bank of Cyprus, seront quant à elles ponctionnées de 30%. "La réputation de Chypre auprès des investisseurs est fichue. Les Russes vont partir, et les emplois qui dépendaient de leurs investissements ici vont disparaître", commente Xenia, une jeune Chypriote d’origine ukrainienne, interrogée par Libération à la veille de l'accord.

Un sentiment anti-UE qui monte chez les Chypriotes

Pour Fiona Mullen, beaucoup de Chypriotes vont se poser la question de la sortie de l'euro, même si l'accord avec l'Eurogroupe a évité une telle mesure dans l'immédiat. Les Chypriotes "se sentent terriblement trahis par un nombre très élevé de pays, et je pense qu'il y aura des conséquences sur le plus long terme", explique-t-elle. Neil MacKinnon, économiste à la banque d'investissement VTB Capital à Londres, partage son avis : "L'hostilité vis-à-vis de l'UE monte, et l'on ne peut pas ne pas envisager une sortie future" de la zone euro.

Quitter la zone euro, un remède pire que le mal ?

"Le problème, c'est qu'il n'existe aucun cadre juridique" pour une éventuelle sortie de l'euro, observe Fiona Mullen. De plus, le pays n'a pas forcément intérêt à quitter la zone euro. Car s'il le faisait, "l’Etat, obligé de restructurer sa dette, ne trouverait plus à se financer sur le marché. Le retour à la livre chypriote, dévaluée de 40% par rapport à l’euro, creuserait le déficit commercial. Bref, la faillite plus la sortie de l’euro, ce serait la peste plus le choléra", estime Libération.