Visite française en Chine : Emmanuel Macron et Xi Jinping sont "deux dirigeants qui ont de l'ambition pour leur pays, mais pas les mêmes priorités"

Emmanuel Macron est arrivé en Chine lundi. Alice Ekman, spécialiste de la Chine à l'IFRI, a estimé sur franceinfo que le président français et son homologue chinois "n'ont pas la même vision du multilatéralisme". 

Emmanuel Macron, le président français, avec Xi Jinping, son homologue chinois, le 8 juillet 2017 au sommet du G20 à Hambourg (Allemagne).
Emmanuel Macron, le président français, avec Xi Jinping, son homologue chinois, le 8 juillet 2017 au sommet du G20 à Hambourg (Allemagne). (IAN LANGSDON / AFP)

Le premier déplacement présidentiel d'Emmanuel Macron en Chine est ''une visite importante", selon Alice Ekman, spécialiste de la Chine à l'IFRI (institut français des relations intrnationales), "qui ouvre la chapitre asiatique de la politique étrangère française". Lundi 8 janvier, à Xian (ancienne capitale et point de départ de la Route de la soie), le président français a tenu un discours d'une heure pour redéfinir les relations entre les deux pays et se positionner comme l'interlocuteur européen. Emmanuel Macron a promis de revenir au moins une fois par an dans le pays pour construire cette nouvelle relation qu'il veut plus équilibrée.

La France était-elle attendue en Chine ?

Alice Ekman : Oui, la Chine est bien consciente que la France est une puissance puisqu'elle siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Elle est bien consciente aussi de l'importance du marché européen pour son économie.

La Chine peut-elle se laisser convaincre par la France, qui veut prendre le leadership européen ?

On est face à deux dirigeants qui ont de l'ambition pour leurs pays, pour la politique étrangère de leurs pays, qui ont aussi des ambitions multilatérales. Mais de mon point de vue, ils n'ont pas la même vision du multilatéralisme, les mêmes priorités : par exemple l'importance du libre-échange, des libertés individuelles, la perception des Etats-Unis sont différentes. L'enjeu pour Pékin, c'est de devenir numéro un, de dépasser les Etats-Unis en terme d'influence politique et géostratégique.

Et sur la bataille climatique, les deux pays sont-ils sur la même longueur d'onde ?

En tout cas, les deux pays s'entendent relativement bien depuis la COP21 [la conférence sur les changements climatiques organisée en France en 2015] et le soutien apporté par la Chine. C'est vrai qu'il y a des projets concrets entre les deux pays sur ces sujets. La Chine a pris conscience des enjeux environnementaux sur son territoire. Ensuite, elle pourrait faire davantage dans les pays tiers puisqu'elle construit encore des centrales à charbon.

Et la question des droits de l'homme ?

La diplomatie française n'est pas aveugle, elle est assez lucide. Le sujet des droits de l'homme a toujours été abordé entre la Chine et la France. La méthode publique n'est pas toujours la plus productive, et certains sujets sont abordés à huis clos. Ce n'est pas parce qu'on ne les voit pas publiquement qu'ils ne sont pas abordés et discutés par les deux parties.