La mer de Chine maculée par une marée noire grande comme Paris

Le "Sanchi" a sombré après une collision et un long incendie. Il transportait 136 000 tonnes de condensats, des hydrocarbures légers. Pékin va déployer des robots sur l'épave et tente de faire front, avec quelques navires.

Un navire chinois tente de lutter contre la marée noire du \"Sanchi\", lundi 15 janvier 2018.
Un navire chinois tente de lutter contre la marée noire du "Sanchi", lundi 15 janvier 2018. (REUTERS)

Une marée noire grande comme Paris. Le naufrage d'un pétrolier iranien en mer de Chine orientale a entraîné quatre nappes d'hydrocarbures d'une superficie totale de 101 km², soit l'équivalent de la capitale française. Le Sanchi transportait 136 000 tonnes de condensats quand il a sombré, dimanche 14 janvier, après avoir brûlé pendant une semaine à la suite d'une collision avec un cargo.

A la différence du pétrole brut, ces hydrocarbures légers ne s'agglomèrent pas en surface une fois en mer, mais forment plutôt un nuage toxique qui flotte entre deux eaux, au risque d'empoisonner la faune et la flore. Le Sanchi, sous pavillon panaméen, pouvait également transporter environ 1 000 tonnes de diesel lourd pour faire tourner ses machines – mais le navire était presque arrivé à bon port.

Le \"Sanchi\" en feu au large de la Chine, le 14 janvier 2018.
Le "Sanchi" en feu au large de la Chine, le 14 janvier 2018. (AP / SIPA)

L'Administration nationale des océans s'efforce désormais (en mandarin) de "maîtriser l'avancée de la marée noire et d'évaluer son impact écologique sur l'environnement marin". Des bateaux chinois, dont certains équipés de lances à incendie, tentent de nettoyer les fuites en pulvérisant des produits détergents. Mais la quantité d'hydrocarbures augmente rapidement. Des "robots sous-marins seront déployés pour explorer les eaux de l'épave", qui gît désormais par 115 mètres de profondeur.

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"Une menace majeure pour la faune et la flore"

L'impact de ce naufrage est particulièrement scruté, car "le lieu de l’accident est sensible, dans la zone de pêche naturelle de Zhoushan, la plus grande [de Chine]", explique Ma Jun, directeur de l’Institut pour les affaires publiques et environnementales, sur RFI. La catastrophe "représente une menace majeure pour la faune et la flore de l’archipel des Ryukyu, une zone paradisiaque mais fragile", précise Yves Henocque, correspondant pour l’Asie-Pacifique de l’Ifremer, interrogé par Libération. Les conséquences de cette marée noire sont d'autant plus dommageables que la zone est déjà victime de la surpêche et de la pollution.

"En l'absence de direction claire sur la surveillance, je ne toucherai aucun poisson qui est potentiellement passé à travers cette zone, car il pourrait être contaminé", estime Simon Boxall, de l'université de Southampton, interrogé par le Guardian (en anglais). La Chine et le Japon doivent s'asseoir côte à côte et reconnaître qu'ils ont un problème de santé publique."

Des risques pour les côtes coréennes et japonaises

Potentiellement, la pollution pourrait menacer les côtes sud-coréennes et japonaises d'ici un mois, car elle devrait se déplacer vers le nord en raison des vents et des courants marins. D'ici trois mois, des traces d'hydrocarbures pourraient être observées jusque dans le nord du Pacifique, selon une simulation (en anglais) du National Oceanography Centre.

Le naufrage du \"Sanchi\" est susceptible d\'avoir de fortes conséquences en mer de Chine orientale et dans les mers du Japon, selon le National Oceanography Center. Mais des hydrocarbures pourraient circuler jusqu\'au nord du Pacifique. Le risque fort est en jaune, le risque faible est en rose.
Le naufrage du "Sanchi" est susceptible d'avoir de fortes conséquences en mer de Chine orientale et dans les mers du Japon, selon le National Oceanography Center. Mais des hydrocarbures pourraient circuler jusqu'au nord du Pacifique. Le risque fort est en jaune, le risque faible est en rose. (NATIONAL OCEANOGRAPHY CENTER)

Le naufrage du Sanchi est de très loin la pire marée noire impliquant des condensats, selon le spécialiste Richard Steiner, basé en Alaska. Les pertes humaines sont également lourdes, puisque seuls trois corps ont été récupérés sur les 32 membres d'équipage, 30 Iraniens et deux Bangladais qui se trouvaient à bord. Il n'y a aucun espoir de retrouver des survivants.