La difficile entrée de l’économie chinoise dans «une nouvelle normalité»

Les bourses chinoises, qui plongent depuis le début 2016, illustrent les inquiétudes qui pèsent sur l’économie chinoise en pleine transformation. Bulle immobilière, monnaie, énergie, montée en gamme de la production, vieillissement de la population… Pourtant, en Chine, le gouvernement reste optimiste et Xi Jinping table sur le succès de sa politique économique qualifiée de «nouvelle normalité».

De la révolution à l\'argent... Mao illustre les billets de banque chinois.
De la révolution à l'argent... Mao illustre les billets de banque chinois. (AFP/HU JIANHUANG NJ / IMAGINECHINA)

«L'an passé fut la pire pour la croissance mondiale depuis la crise (de 2008) et cette année débute avec un cocktail dangereux de nouvelles menaces», disait dire M.Osborne, ministre de l'Economie britannique, à propos de la croissance mondiale. «La Chine a un très gros problème d'ajustement», déclarait de son côté le milliardaire américain George Soros. «Je dirais que c'est bien une crise. Quand je regarde les marchés financiers, je vois une situation sérieuse qui me rappelle la crise que nous avons eue en 2008.»
 
Et l’«ajustement» chinois fait peur. Deuxième économie mondiale, la Chine avait habitué le monde à une croissance à deux chiffres. Elle servait de moteur aux autres économies, tout particulièrement en Asie, par l'importance de ses importations notamment. En réduisant celles-ci, la Chine déstabilise nombre de secteurs. A commencer par le pétrole, qui ne cesse de chuter : le 7 janvier 2016, il perdait encore 5%.

La Chine devrait voir sa croissance ralentir à 6,7% cette année contre 6,9% en 2015, soit 0,3 point de moins que prévu il y a six mois et sa plus mauvaise performance depuis 1990, selon les prévisions de la Banque mondiale. Un chiffre de croissance en crise que beaucoup de pays aimeraient cependant connaître. Encore faut-il que les chiffres chinois, mis en cause par de nombreux économistes, soient réels.

La patronne du FMI, Christine Lagarde, a aussi évoqué la conjoncture en Chine comme élément d’instabilité. Elle a cependant salué la transition de la Chine vers une économie davantage portée par la consommation.

Le président Xi Jinping a officialisé la nouvelle ligne chinoise, tourner l\'économie vers une «nouvelle normalité»
Le président Xi Jinping a officialisé la nouvelle ligne chinoise, tourner l'économie vers une «nouvelle normalité» (Reuters - Fred Dufour - Pool)

Concept de «nouvelle normalité»
Dans cette transformation de son économie, la Chine doit faire face à un certain nombres de difficultés. Pas simple de changer l’atelier du monde en économie équilibrée, dans laquelle la consommation prend une part de plus en plus importante, surtout si cette économie concerne 1,5 milliard de personnes.
 
Les dirigeants chinois estiment que cette transformation est maîtrisée. La Chine «va bien et entre dans une "nouvelle normalité", une ère de restructuration et de croissance stable», disait en décembre un officiel chinois.

«La nouvelle normalité», slogan employé par le gouvernement chinois, évoque une croissance économique ralentie mais plus durable, fruit de ses efforts pour rééquilibrer l'économie vers la consommation intérieure, les services et les nouvelles technologies. «En vertu de cette situation de "nouvelle normalité", le rythme important de la croissance se voit éclipsé par les réformes structurelles en cours. Il s'agit, en effet, de transformer l'économie vers un schéma s'appuyant davantage sur le secteur des services, la consommation et l'innovation», écrivait le Quotidien du Peuple en octobre 2015.


Des obstacles à franchir
Pour arriver à cette «nouvelle normalité», la Chine doit cependant résoudre un certain nombre de questions délicates. Transformer l'ex-atelier du monde en économie moderne, avec des salariés consommateurs, bénéficiant d'une protection sociale, prend du temps, dans un contexte de baisse de la population active. Pour y arriver, les entreprises chinoises multiplient les investissements (une fuite de capitaux ?) tout en exportant une partie de leur outil de production dans des pays à bas coûts salariaux.

Le Quotidien du Peuple donne un exemple: «Jinjiang a constitué une ville-champignon ancrée dans l'industrie manufacturière, celle des chaussures et des vêtements, destinés à l'exportation vers l’Europe ou les Etats-Unis. Cette ville perd son avantage compétitif en raison, d'une part, de la hausse des salaires des ouvriers et, d'autre part, du manque d'innovations pour ses produits. "Je compte me déplacer vers le Bangladesh", a dit Lin Genghuang, propriétaire d'une usine de chaussures. "Mon affaire tient le coup à peine ici."» En même temps, Pékin a entamé des réformes structurelles importantes, en verdissant sa production notamment. La part des services ne cesse de croître et les entreprises high-tech ont le vent en poupe.

Ces évolutions s'accompagnent d'une dévaluation de la monnaie nationale qui ne rassure pas les marchés internationaux et envoie des messages contradictoires. La dévaluation rend en effet les produits chinois plus compétitifs tout en renchérissant ses importations. «Même si la croissance des exportations de la Chine a ralenti en 2015, la part des exportations du pays, dans le total mondial, a encore augmenté. Il n'est pas nécessaire que la Chine stimule les exportations et stabilise la croissance par la voie de la dépréciation de sa monnaie compétitive», tente de rassurer la Banque centrale.

D'où les tensions actuelles, surtout que les effets de la relance menée après 2008 ne sont pas encore stabilisés (à travers les conséquences notamment de la bulle immoblière notamment). «La consommation ne représentant encore qu'une faible portion de l'économie chinoise, sa progression ne parviendra pas à enrayer une chute complémentaire du PIB à moyen terme», analyse la Société Générale

«Des ajustements un peu douloureux à court terme sont inévitables, mais les perspectives à long terme paraissent plus alléchantes», résume une étude de la Société générale sur la Chine. Un optimisme qui ne semble guère rassurer les marchés financiers.