"La dévaluation du yuan peut être une bonne nouvelle pour l'Europe"

Pékin a dévalué une nouvelle fois sa monnaie. Francetv info a demandé à Jean-Joseph Boillot, économiste spécialiste de la Chine, si l'Europe devait s'inquiéter de cette décision. 

La Chine a de nouveau dévalué sa monnaie, le mercredi 12 août 2015.
La Chine a de nouveau dévalué sa monnaie, le mercredi 12 août 2015. (XIE ZHENGYI / IMAGINECHINA)
La Chine a créé la surprise. Le pays a décidé, mardi 11 août, de dévaluer sa monnaie à hauteur de 2%. Une décision qui doit permettre de relancer l'économie chinoise. Le pays connaît en effet un ralentissement de sa croissance. Ses exportations ont même reculé de 8,3% en juillet 2015. 
 
Une annonce qui a eu un effet négatif sur les Bourses mondiales. Mardi, à New York, le Dow Jones a cédé 1,21% et le Nasdaq 1,27%. Mercredi, la Bourse de Paris a terminé en baisse de 3,4% quand le Dax allemand a perdu 3,27% et le FTSE-100, à Londres, a fini la journée sur une chute de 1,40%. 
 
Pourtant, pour Jean-Joseph Boillot, conseiller du club du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), la dévaluation du yuan est une bonne nouvelle pour l'économie européenne. 
 
Francetv info : Pourquoi la Chine a-t-elle pris la décision de dévaluer sa monnaie ?
 
Jean-Joseph Boillot : La dévaluation du yuan vise à empêcher le ralentissement trop rapide de la croissance du pays. Cette décision intervient alors que la conjoncture internationale se révèle plus dégradée que prévu. Ce contexte participe à la baisse des exportations chinoises, qui portent l'économie du pays depuis plus de trois décennies.
 
Par ailleurs, les autorités chinoises ont sous-estimé le ralentissement de leur économie. Elles sont donc dans l'obligation de réagir pour espérer atteindre leur objectif de 7% de croissance pour l'année 2015. Pour le moment, celle-ci est plutôt aux alentours de 5%. Une croissance insuffisante pour que la Chine puisse rattraper les pays développés. 
 
Cette action peut-elle vraiment relancer l'économie chinoise ? 
 
La décision des autorités chinoises de dévaluer la monnaie peut avoir des conséquences positives comme négatives. Le secteur des exportations chinoises devrait retrouver un peu d'optimisme. Cette décision va relancer le commerce extérieur du pays et faire diminuer les stocks qui sont devenus trop importants. La dévaluation de la monnaie chinoise va également favoriser les produits locaux car, de fait, les importations vont devenir plus chères pour les entreprises et les ménages chinois. 
 
Mais il est difficile de savoir si les effets positifs espérés prendront le dessus. Car cette dévaluation monétaire peut aussi entraîner des phénomènes négatifs pour le pays. L'inquiétude pourrait grandir en Chine, et notamment au sein des entreprises. Il y a un risque de créer de l'attentisme. D'ailleurs, le choix de l'effet de surprise pour annoncer la dévaluation de la monnaie permet de limiter les réactions psychologiques négatives. 
 
Les effets pourraient être positifs pour la Chine. Mais qu'en est-il pour les autres pays ? 
 
Le principal risque est de créer des turbulences sur les marchés financiers. Les acteurs économiques peuvent se demander s'il s'agit d'un mouvement durable vers une guerre des monnaies ou s'il s'agit d'un ajustement ponctuel opéré par la Chine. Les entreprises étrangères qui travaillent sur le marché chinois pourraient connaître un ralentissement de leur activité. Le prix des composants qu'ils importent en Chine pour satisfaire leur production va augmenter. Peugeot et BMW semblent déjà être touchés.
 
L'Europe doit-elle s'inquiéter de cette dévaluation ? 
 
Il ne faut pas céder à la sinistrose. La dévaluation du yuan est une bonne nouvelle pour l'Europe, si elle tire parti des signaux qui viennent de l'économie chinoise. Le ralentissement de l'économie chinoise est très lié au retournement du marché des matières premières, dont les prix ont chuté de moitié. Cette baisse importante va se traduire par une augmentation durable du pouvoir d'achat des ménages européens.
 
A noter que l'Europe se retrouve plus compétitive face à l'économie chinoise du fait du ralentissement de cette dernière. Mais encore faut-il qu'elle ne cède pas à l'inquiétude car cela pourrait freiner la reprise économique européenne. C'est un cercle vicieux.