L'expansionnisme chinois en mer de Chine réveille Hanoï

Quelque 500 personnes ont été interpellées au Vietnam après des émeutes antichinoises (qui ont fait un mort) contestant le déploiement par Pékin d'une plate-forme pétrolière dans des eaux revendiquées par le Vietnam. Cette violence témoigne de la tension régionale autour de plusieurs groupes d'îlots confrontés aux ambitions chinoises.

Manifestation antichinoise à Ho Chi Minh Ville, le 11 mai 2014.
Manifestation antichinoise à Ho Chi Minh Ville, le 11 mai 2014. (LE QUANG NHAT / AFP)
La tension qui règne autour des îlots Paracel ou Spratley a provoqué de vives manifestations antichinoises au Vietnam, un pays peu habitué à laisser s'exprimer librement les manifestants. Plus de dix usines ont été incendiées lors de ces émeutes causées par le déploiement par Pékin d'une plate-forme pétrolière dans des eaux revendiquées par Hanoï. Les ouvriers ont pillé usines et bureaux d'entreprises estampillés «chinois», lors de ces incidents, rarissimes au Vietnam, tenu par un régime communiste à parti unique.

«Selon les témoignages rapportés par différents médias, les forces de l’ordre vietnamiennes, présentes sur place, n’auraient pas freiné ces débordements et seraient restées passives comme elles l’avaient fait, tout au long du week-end, lorsque des milliers de manifestants s’étaient massés devant les représentations diplomatiques chinoises d’Hanoï et d’Ho Chi Minh-Ville», rapportent Les Echos.

«Environ 19.000 ouvriers manifestaient contre la violation par la Chine des eaux territoriales vietnamiennes», selon des journaux vietnamiens qui ont précisé que «certains ouvriers sont devenus furieux, ils ont détruit les portails des usines et pénétré dans les enceintes en appelant les autres ouvriers à faire grève».

Tension en Mer de Chine
Selon des experts, le gouvernement vietnamien permet certaines manifestations comme un moyen d'exprimer son extrême mécontentement envers Pékin. La Chine a d'ailleurs évoqué la «connivence» du gouvernement d'Hanoï dans ces manifestations.

Les tensions bilatérales ont fortement augmenté depuis l'annonce début mai par Pékin du déploiement d'une plate-forme de forage pétrolier en eau profonde dans les eaux contestées. Le Vietnam a dénoncé une décision «illégale» et exigé que la plate-forme soit retirée. La tension entre les deux pays n'est pas nouvelle. Elle avait même débouché sur une guerre en 1979 (et un autre conflit très localisé en 1984).

La presse officielle chinoise (en tout cas le Quotidien du peuple en français) n'a pas évoqué ces incidents antichinois et a simplement justifié les opérations chinoises en affirmant que «l'opération de son appareil de forage 981 dans les eaux des îles Xisha en mer de Chine méridionale était légale et a exhorté le Vietnam à arrêter de perturber les activités d'exploration de la Chine dans ses propres eaux territoriales». Les îles Xisha est le nom que Pekin donne aux îles Paracel.

 
Image de propagande chinoise sur les îles Paracel (Xisha) 
Image de propagande chinoise sur les îles Paracel (Xisha)  (Renmin meishu chubanshe)

Le ministère vietnamien des Affaires étrangères a accusé la marine chinoise d'avoir éperonné deux de ses bateaux le 4 mai en mer de Chine méridionale et d'avoir provoqué de sérieux dégâts. D'après les médias vietnamiens, des bateaux chinois et vietnamiens se sont affrontés au canon à eau. 

Protestation de Washington et des Philippines
Washington a aussi tenu à réagir à cette tension en estimant que Pékin se livrait à des «actes provocateurs». Des propos que Pékin a démentis. Néanmoins John Kerry a parlé d’«acte agressif». Les Philippines ont aussi manifesté leur mécontentement. Des avions militaires philippins ont observé depuis janvier des travaux de déplacement de terre sur l'îlot de Johnson South, qui fait partie des Spratleys, a indiqué le ministère philippin de la Défense. Cet îlot, situé entre le Vietnam, les Philippines, la Malaisie et à 300 km à l'ouest de l'île philippine de Palawan, avait été le théâtre d'un affrontement meurtrier entre les troupes chinoises et vietnamiennes en 1988, qui s'était soldé par la mort d'environ 70 Vietnamiens.
              
La Chine estime jouir d'une souveraineté inaliénable sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale. 

Les îlots de la discorde sont souvent des îles coraliennes ou rocheuses, sans eau ni culture possible, mais les eaux environnantes sont riches en poissons et les fonds sous-marins pourraient receler d'importantes ressources en gaz ou pétrole. Enfin, ils se situent sur des routes maritimes cruciales pour le commerce mondial... et donc pour la Chine.

Ce conflit maritime s'ajoute à celui qu'à Pékin avec le Japon à propos des îles Senkaku (Diaoyu pour Pékin). En raison de la tension autour de ces îlots, les relations entre la Chine et Tokyo sont au plus bas.