Incident nucléaire à Taishan : "Le plus inquiétant, c'est la façon dont la Chine gère cette situation"

CNN a révélé, lundi, que le département de l'Énergie américain avait reçu une lettre le 8 juin faisant état d'une possible "fuite" dans une centrale nucléaire inaugurée il y a deux ans à Taishan, dans le sud de la Chine.

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Yves Marignac, chef du pôle nucléaire à l’Institut négaWatt. (JAY DIRECTO / AFP)

"Le plus inquiétant, c'est la façon dont la Chine gère cette situation", pointe sur franceinfo mardi 15 juin Yves Marignac, chef du pôle nucléaire à l’Institut négaWatt. Les autorités chinoises estiment "que la situation est normale" alors qu'un incident nucléaire semble être en cours sur un réacteur EPR de la centrale de Taishan. CNN a révélé, lundi, que le département de l'Énergie américain avait reçu une lettre le 8 juin faisant état d'une possible "fuite" dans une centrale nucléaire inaugurée il y a deux ans à Taishan, dans le sud de la Chine.

franceinfo  : Les propos de la Chine sont-ils rassurants ?

Yves Marignac : Oui et non. C'est rassurant dans le sens où on n'est pas dans une situation d'accident nucléaire, ni même proche d'une situation d'accident. On a en revanche une contamination du circuit primaire qui, à un moment donné, doit être relâché dans l'environnement. Même si ce sont des rejets maîtrisés et très loin de rejets accidentels, cette situation se traduira par des rejets plus importants. Mais ce qui est le plus préoccupant, le plus inquiétant, c'est la façon dont, effectivement, la Chine gère cette situation en déclarant que la situation est normale, mais au prix d'une dégradation des exigences qu'elle fixe au réacteur pour que le réacteur reste dans le périmètre des exigences. Il y a une espèce de fuite en avant par rapport à la précaution qui appellerait cette situation.

En France, on aurait arrêté la centrale ?

Les seuils actuels sont effectivement deux fois plus élevés environ en termes de contamination du circuit primaire que ce qui déclencherait un arrêt sous 48 heures du réacteur en France. Le risque, c'est qu'en n'arrêtant pas le réacteur pour vérifier ce qui se passe, pour aller inspecter les combustibles et donc pour comprendre quelle est l'origine de ce défaut, on se prive de comprendre ce qui risque de se passer. Il risque d'y avoir une dégradation supplémentaire des combustibles. Et c'est probablement ce que Framatome et EDF, qui pourrait en être tenue responsable, craignent. Et c'est probablement ça, effectivement, la nature profonde du différend très vif qui les oppose aujourd'hui à leurs contreparties chinoises.

Sait-on d'où vient le problème ?

Cette situation de contamination du circuit primaire vient de fuites, d’un à quelques crayons combustibles parmi plusieurs dizaines de milliers. Donc, c'est relativement marginal, mais ça entraîne ces contaminations. L'origine de ces fuites peut être double. Elle peut être soit du côté du fonctionnement du réacteur EPR, avec des problèmes qui pourraient remonter à la conception ou qui pourraient relever de l'exploitation de la manière dont ce réacteur est géré. Mais elle peut aussi remonter à des problèmes de fabrication à l'usine Framatome de Romans-sur-Isère. Mais pour comprendre l'origine des problèmes, il faut aller inspecter le combustible. Plus vite on va inspecter le combustible, plus on a de chances de comprendre et plus on a de chances d'apporter des parades. C'est ce à quoi les Chinois se refusent visiblement aujourd'hui.  

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