Manifestations à Hong Kong : "La peur s’est transformée en motivation", témoigne une jeune manifestante

L'aéroport de Hong Kong a connu mardi une deuxième journée de chaos. "Ce n’est qu’une étape, les gens retourneront dans la rue", selon Linden Jay, jeune manifestante.

Des manifestants pro-démocratie ont, comme la veille, envahi l\'aéroport d\'Hong Kong, le mardi 13 août 2019.
Des manifestants pro-démocratie ont, comme la veille, envahi l'aéroport d'Hong Kong, le mardi 13 août 2019. (MANAN VATSYAYANA / AFP)

"Les manifestants veulent montrer aux touristes et aux étrangers que le gouvernement essaie de les priver de leurs libertés", témoigne sur franceinfo Linden Jay, étudiante hongkongaise. Pour la deuxième journée consécutive, l'aéroport de Hong Kong a tourné au ralenti mardi 13 août, avec la suspension ou l'annulation de centaines de vols, suite à un rassemblement massif de manifestants pro-démocratie. "Si on abandonne maintenant, les choses vont empirer", prévient cette jeune activiste.

franceinfo : Pourquoi manifestez-vous à l’aéroport ?

Linden Jai : Les manifestants veulent montrer aux touristes et aux étrangers que le gouvernement de Hong Kong essaie de les priver de leurs libertés. Ces derniers mois, il y avait jusqu’à deux millions de personnes dans la rue, et le gouvernement n’a pas répondu.

Les manifestants cherchent de nouveaux moyens pour se faire entendre. C’est aussi une réponse pacifique à la violence des manifestations. Ils pensent que la police va être plus prudente que lors des arrestations dans la rue. La police n’a pas essayé de disperser la foule lundi [quand l’aéroport a été fermé]. Enfin, cela a une influence sur l'économie car les manifestants empêchent les vols de partir ou les font annuler. Mais je pense que ce n’est qu’une étape, les gens retourneront dans la rue.

Avez-vous peur de la violence ?

Oui, j’ai peur de celles des policiers. Si je sors pour dîner, je risque de les croiser en rentrant chez moi, en train de projeter du gaz lacrymogène dans ma station de métro. Mais en même temps, je pense qu’on doit continuer à manifester. On ne peut pas tout abandonner parce qu’on a peur. Si on abandonne maintenant, les choses vont empirer.

La police a arrêté plus de cent personnes ces deux derniers mois. On sait que si notre campagne échoue, ils vont nous retrouver et arrêter les gens qui ont participé aux manifestations. Ils ont installé des caméras dans la rue pour identifier les visages, et ils essaient de ficher les manifestants. Si on arrête, ces personnes auront des problèmes, de même que toutes celles qui ont déjà été arrêtées.   

D'après Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif, Hong Kong est dans un "état de panique et de chaos" dont le territoire mettra du temps à se relever. Qu’en pensez-vous ?

La racine du problème vient des membres du régime. Ils essaient de pousser les gens à l'extrême. Quand les habitants de Hong Kong marchent pacifiquement dans la rue, les policiers les poussent à bout, et ils ne vont pas reculer. C'est ce qui amène les manifestants à utiliser la force et des moyens plus radicaux.  

Avez-vous peur d’une intervention de la Chine ?

Bien sûr que nous sommes effrayés. C’est la raison pour laquelle nous sommes dans la rue. Les protestations ont commencé contre le projet de loi d’extradition, c’est-à-dire la possibilité pour le gouvernement hongkongais d’expulser ses citoyens vers la Chine. Tout est donc basé sur notre manque de confiance envers le système chinois et son absence d’humanité. La peur s’est transformée en motivation pour sortir dans la rue.  

Le gouvernement a suspendu le projet de loi d’extradition. Que demandez-vous désormais ?

Nous avons cinq revendications depuis le début des manifestations en juin. La première, c’était le retrait total du projet de loi d’extradition [qui a été suspendu le 15 juin 2019]. La seconde, c’est une enquête sur les violences policières dans les manifestations, par une commission indépendante. La troisième demande, c’est de faire un dossier sur les "émeutes" du 12 juin [les manifestations ont été qualifiées d'"émeutes", des faits punissables d’une peine allant jusqu’à 10 ans de prison]. Nous demandons également la libération et le retrait des charges contre les manifestants arrêtés ce mois-ci. Enfin, la dernière et principale revendication que nous portons depuis des années, c’est une réforme électorale, pour que nous puissions désigner démocratiquement le chef du gouvernement de Hong Kong.

Mais ce n’est pas une check-list. Même si les autorités répondent à une ou deux demandes, ce n’est pas suffisant pour nous. Nous attendons une réponse globale, qui montre que le gouvernement est de notre côté.  

Souhaitez-vous la démission de Carrie Lam ?

Des manifestants brandissent effectivement des slogans "Carrie Lam, démission !". Mais on sait que si Carrie Lam démissionne, on aura une nouvelle "Carrie Lam" à la tête de l’exécutif, car c’est la Chine qui choisit. Donc ça ne changera rien.

En 2016, après la révolution des parapluies [qui avait paralysé le centre financier de la ville en 2014, contre une réforme électorale], des candidats pro-indépendance et pour l’auto-détermination de Hong Kong ont été disqualifiés des élections législatives. Depuis, il n’y a plus d’indépendance à Hong Kong. La promesse "Un État : deux systèmes" n’a pas été tenue.