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Hong Kong : la journée où les manifestations ont dégénéré

Des habitants et des commerçants ont attaqué plusieurs places et rues occupées par les manifestants pro-démocratie. Les étudiants ont rompu les négociations avec les autorités.

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France Télévisions
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Un manifestant pro-démocratie est frappé par un groupe d'hommes masqués, à Causeway Bay (Hong Kong), le 3 octobre 2014. (ALEX OGLE / AFP)

Après plusieurs jours de contestation pacifique, la situation a dégénéré à Hong Kong. Des centaines de riverains et de commerçants excédés ont attaqué, vendredi 3 octobre, plusieurs sites occupés depuis près d'une semaine par les manifestants pro-démocratie. Des violences qui ont poussé les leaders étudiants à renoncer aux négociations avec le gouvernement.

Francetv info revient sur cette journée mouvementée.

Que s'est-il passé ?

A Mong Kok, quartier commerçant et très densément peuplé de Kowloon, partie continentale de Hong Kong face à l'île, les contre-manifestants ont déferlé pour arracher tentes et barricades sans que les forces de police dépassées ne puissent intervenir. "Rendez-nous Mong Kok ! Nous, les Hongkongais, on a besoin de manger", "rentrez chez vous", criaient-ils.

Pendant des heures, les deux camps ont échangé coups et insultes. Plusieurs personnes, le visage ensanglanté, ont été prises en charge par les secours, mais la police s'est refusée à fournir le nombre de blessés et d'arrestations.

A Mong Kok mais aussi à Causeway Bay, le quartier commerçant le plus cher du monde, des manifestants et des journalistes ont rapporté que des groupes de dix à vingt jeunes hommes masqués avaient fait irruption pour détruire les campements des manifestants avant de disparaître.

Par ailleurs, des agressions sexuelles ont été signalées en plusieurs endroits de la ville, d'ordinaire considérée comme l'une des plus sûres du monde. Trois jeunes filles portant des ponchos en plastique, un accessoire utilisé par les manifestants pour se protéger de la pluie et des projections de gel au poivre, ont été évacuées par la police après de tels incidents.

Qui sont les contre-manifestants ?

Les leaders étudiants accusent leurs opposants d'avoir recruté des hommes de main pour provoquer des troubles et discréditer le mouvement. La Fédération des étudiants de Hong Kong y voit même la main des triades, la mafia chinoise. 

S'il est difficile de dire s'il s'agissait de simples habitants ou de militants en service commandé, plusieurs éléments accréditent la seconde hypothèse : l'apparition soudaine et coordonnée de ces anti-manifestants, leur violence, les masques que portaient certains groupes et le peu d'empressement des policiers à les arrêter. Selon un journaliste de l'AFP sur place, la police n'a même pas demandé aux contre-manifestants de se disperser.

A l'inverse, un journaliste de CNN explique que les contre-manifestants avec lesquels il a parlé à Mong Kok parlent cantonais, la langue de Hong Kong, et sont bien des habitants de la région. "Ils sont motivés par un véritable agacement contre le désordre causé par les manifestations", assurent-ils.

Quelles sont les conséquences ?

Tout est à refaire. Alors que le gouvernement de Hong Kong avait accepté, jeudi, de discuter avec les leaders étudiants, ces violences ont mis fin au dialogue. Vendredi soir, la Fédération des étudiants de Hong Kong (HKFS) a annoncé qu'elle ne participerait pas aux négociations avec le gouvernement sur la réforme électorale du territoire chinois : "Il n'y a pas d'autre option que d'annuler les pourparlers (...). Le gouvernement et la police ont fermé les yeux lorsque les triades ont violemment attaqué les manifestants pacifiques."

Le mouvement pro-démocratie réclame l'instauration d'un suffrage universel plein et entier ainsi que la démission du chef de l'exécutif local, Leung Chun-ying, qu'il considère comme la marionnette de Pékin. La Chine a accepté le principe du vote libre tout en conservant le contrôle des candidatures. Une décision qui a provoqué la plus grave crise politique à Hong Kong, ancienne colonie britannique, depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

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