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Festival de la viande de chien en Chine : la mobilisation des défenseurs des animaux ne coupe pas l'appétit des amateurs

La ville de Yulin (Chine) accueille le festival de la viande de chien à partir du 21 juin. Les défenseurs des droits des animaux se mobilisent pour manifester leur opposition.

Article rédigé par franceinfo
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Un militant pour les droits des animaux prend une photo au festival de la viande de chien de Yulin (Chine), le 22 juin 2015. (JOHANNES EISELE / AFP)

A Yulin (Chine), le 21 juin ne rime pas avec "fête de la musique" mais avec "viande de chien". Cette petite ville de la région pauvre du Guangxi ouvre cette année encore son festival de viande canine organisé pour le solstice d'été. Quelque 10 000 chiens devraient être tués et mangés lors des festivités, ce qui n'est pas du goût des militants pour les droits des animaux.

Ce festival est dénoncé depuis plusieurs années pour ses scènes dérangeantes de chiens entassés dans des cages et parfois bouillis vivants. Mais en 2016, l'opposition semble avoir pris un nouveau tournant. Francetv info revient sur cette mobilisation.

Célébrités et ONG se mobilisent à l'étranger

L'ONG Animal Hope and Wellness Foundation a décidé de médiatiser son combat contre le festival de Yulin en faisant appel à des célébrités comme Matt Damon, Sia ou encore Joaquin Phoenix. Mis en scène dans une vidéo qui mêle images du festival et discours militants, les artistes demandent en chœur "d'arrêter de les battre [les chiens], de les brûler, de les pendre, de les écorcher vifs".

Face aux photos et vidéos parfois insoutenables du festival, les twittos s'indignent aussi en ligne à travers le mot-dièse #StopYulin. Cette campagne est ainsi devenue une "des plus grosses" de l'ONG Humane Society International, explique Peter Li, spécialiste Chine de l'association.

"En raison du tollé, tout le monde vient essayer"

Certains groupes de défense des animaux tentent également d'agir sur place. En mai, des militants chinois ont intercepté une camionnette où s'entassaient 400 chiens et chats. Elle se dirigeait vers Yulin. Une action coup de poing qui n'a pas fait baisser les tensions autour du festival.

La fondatrice de l'ONG américaine Duo Duo, qui a récolté plus de 2,5 millions de signatures avec sa pétition en ligne, a adopté une autre stratégie. Lors de l'édition 2015, elle avait rencontré une réelle hostilité. Son groupe sponsorise désormais des programmes sur le bien-être animal dans les écoles pour "ringardiser" la consommation de viande canine auprès des jeunes.

Car les oppositions frontales semblent être contre-productives, de l'avis des habitants de Yulin. "Mes ventes sont beaucoup plus élevées qu'avant, 50% de plus par rapport à l'an passé, assure madame Lin, propriétaire d'une boucherie canine de Yulin. En raison du tollé, davantage de personnes savent que Yulin accueille un festival de la viande de chien, donc tout le monde vient pour essayer. Et avec le festival qui se rapproche, les hôtels affichent complet." Elle a d'ailleurs ouvert un service de livraison de viande canine car "un grand nombre de gens commandent en ligne" aujourd'hui.

"Les Occidentaux exigent qu'on modifie nos habitudes"

La Chine ne dispose pas de loi de protection des espèces non menacées. Et si les critiques se concentrent sur Yulin, la viande de chien est consommée toute l'année dans plusieurs endroits du sud du pays, même si cette pratique reste marginale à l'échelle nationale. Des médias d'Etat chinois ont défendu le festival en qualifiant les actions menées par les militants étrangers d'"extrémisme culturel". "A présent, les Occidentaux exigent des non-Occidentaux qu'ils modifient leurs habitudes alimentaires, car ils estiment que leurs cultures et leurs sensibilités méritent davantage de respect que celles des autres", estimait le Global Times la semaine dernière.

Pour Peter Li, de Humane Society International, "deux groupes de gens mangent du chien. Les premiers aiment vraiment la viande canine. Les autres sont plus politiques" et consomment des canidés par fierté locale et pour contrarier les défenseurs des animaux. Et les clients semblent bien être au rendez-vous. Malgré tout, le spécialiste estime "très exagéré" de parler d'effet boomerang et de consommation accrue de viande canine à Yulin. "Qu'il y ait un contrecoup sur le court terme, oui. Mais sur le long terme, je ne suis pas inquiet."

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