Chine : les effets inattendus de la politique de l'enfant unique

La Chine se voyait tellement mal partie avec une population en augmentation constante qu’en 1979, il fut interdit d'avoir plus d'un seul enfant. D’abord très stricte, cette loi s’est légèrement assouplie en 2013 avant d'être officiellement abolie le 29 octobre 2015. Si cette politique a permis de juguler la natalité, elle a eu quelques effets secondaires tout à fait imprévus...

Xiangyang (province du Hubei) le 25 février 2015. Infirmières s\'occupant de nouveaux-nés dans la maternité de l\'hôpital de la ville. Les autorités chinoises ont entrepris une campagne contre la sélection et la suppression (par avortement) des embryons féminins.
Xiangyang (province du Hubei) le 25 février 2015. Infirmières s'occupant de nouveaux-nés dans la maternité de l'hôpital de la ville. Les autorités chinoises ont entrepris une campagne contre la sélection et la suppression (par avortement) des embryons féminins. (GONG BO / IMAGINECHINA)

Une politique dite de l’enfant unique a été mise en place de façon très autoritaire avec force sanctions dissuasives. Cela pouvait aller d’amendes très onéreuses (et dont les montants varient suivant les provinces) à la non-délivrance d’un certificat qui permet la prise en charge de l’enfant dans le système de santé puis scolaire.
 
Cette obligation a même été poussée à son paroxysme avec des politiques de stérilisation ou d’avortements forcés, pour permettre à certaines provinces de rentrer dans les quotas imposés. Des procès ont eut lieu, intentés par des femmes qu’on a forcées à avorter à quelques jours de l’accouchement.  
 
Des enfants «noirs»
En 2002, en s’acquittant d’une somme importante, il est devenu possible d’avoir, légalement, un deuxième enfant. L’ampleur de la somme à tendance à favoriser les urbains par rapport aux ruraux qui gagnent moins d’argent.
 
Premier effet pervers et inattendu mais logique, il existe ce que les Chinois appellent des «enfants noirs», des enfants dont la naissance n’est pas officiellement déclarée, voire tout à fait cachée. Ils sont totalement en dehors de tout système et ne sont pas scolarisés.

Handan (nord de la Chine) province du Hebei, le 2 octobre 2014. Soins à des nouveaux-nés dans une maternité chinoise.
Handan (nord de la Chine) province du Hebei, le 2 octobre 2014. Soins à des nouveaux-nés dans une maternité chinoise. (HU GAOLEI / IMAGINECHINA)
 
Une tradition de «noyade de filles»
Dans la Chine confucéenne, un descendant mâle est d’autant plus important que c’est lui qui devra s’occuper de ses parents devenus vieux (nous y reviendrons). De plus, la famille doit constituer à sa fille une dot ruineuse pour que celle-ci, une fois mariée quitte le domicile familial pour rejoindre sa belle-famille. Justifiant ce proverbe chinois : «Elever une fille, c’est cultiver le champ de son voisin»

Donc, de tout temps, a existé une tradition «noyade de filles». Les nourrissons de sexe féminin étaient noyés dans la rivière voisine, quand la famille comptait déjà trop de filles. Avec la politique de l’enfant unique, la nécessité d’avoir un garçon ne laisse pas la place à la naissance de plusieurs filles. Elles sont donc sacrifiées au profit des mâles. Les progrès technologiques aidant, comme l’échographie, ils ont permis de sélectionner le fœtus in utero (malgré l’interdiction de le faire).
 
Conséquence directe, un déséquilibre homme-femme est maintenant patent. Il manque près de 60 millions de filles. Les premiers enfants «uniques», avec une grosse majorité de garçons, sont maintenant en âge de se marier et donc confrontés à cette pénurie de femmes. Un quart de ces hommes est condamné au célibat faute de partenaires potentielles. Avec les dangers que génère une telle frustration (viols, violences en tout genre). Conséquence indirecte, on constate une multiplication des cas d’enlèvement de fillettes et de jeunes filles pour les marier de force.
 
Un pour tous...
Ces petits garçons tant désirés, et de fait uniques objets de l’attention de leurs parents sont généralement extrêmement choyés. Traités en petits rois, élevés à être de futurs petits tyrans, les cassandres ont prédit une génération de bons à rien. Mais c'est oublier un peu vite que l’enfant est très attendu scolairement, pour décrocher les diplômes nécessaires à l’obtention d’un bon poste qui lui permettra de s’occuper de ses parents, voire de ses grand-parents. Cet ensemble familial pesant était auparavant à peu près équitablement réparti sur l’ensemble de la (généralement nombreuse) fratrie. Maintenant, c’est une personne seule qui doit en assumer la charge. Laquelle, une fois mariée, aura un ou deux enfants. Ce qui signifie qu’au bout du compte, le couple pourra avoir à charge parents, enfants et grand-parents (!).
 
Alors que le motif invoqué pour justifier cette politique démographique drastique était de réduire la population chinoise qui augmentait de façon constante, de faire baisser le taux de fertilité et natalité (avec 1.357.000.000 d’habitants, 20% de la population mondiale est chinoise), cette politique de l’enfant unique semble avoir tout à fait porté ses fruits. Pour autant, les pays voisins désirant aussi infléchir leur natalité, n’ont pas mené de politique aussi autoritaire, et ont eux aussi enregistré une baisse nette de leur taux de fécondité…