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Assaut contre des lieux de pouvoir à Brasilia : "C'est un nouveau coup de poignard dans le dos de la démocratie", explique un spécialiste du Brésil

Pour le professeur en science politique Frédéric Louault, Jair Bolsonaro est responsable, même s'il le nie, de l'attaque dimanche contre les lieux de pourvoir à Brasilia par ses partisans. Non seulement il a tardé à reconnaître la victoire de Lula, ne s'est pas présenté à la passation de pouvoir et s'est enfiui aux États-Unis avant la fin de son mandat mais il a surtout "soufflé sur les braises".
Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Des partisans de Bolsonaro forcent les vitres de la Cour surpême de Brasilia, le 8 janvier 2023 en utilisant des barrières de sécurité comme bélier. (TON MOLINA / AFP)

"C'est un nouveau coup de poignard qui a été envoyé par les partisans de Bolsonaro dans le dos de la démocratie", a imagé lundi 9 janvier sur franceinfo Frédéric Louault, professeur de science politique, spécialiste du Brésil, alors que le Congrès, la Cour suprême et le palais présidentiel à Brasilia ont été attaqués et saccagés dimanche soir par des partisans de Jair Bolsonaro qui n’acceptent pas la victoire de Lula à l’élection présidentielle. "Ça va attiser la ferveur d'autres militants, et notamment parmi les secteurs de la sécurité brésilienne", a-t-il expliqué.

>> Lula reprend le travail dès lundi dans ses bureaux de Brasilia malgré l'attaque de dimanche. Suivez la situation au Brésil dans notre direct.

Le gouverneur de Brasilia et son secrétaire chargé de la sécurité, proches de Jair Bolsonaro, ont été démis de leur fonction. Selon Frédéric Louault, le Brésil se prépare à un scénario à l’Américaine après l’assaut du Capitole par les partisans de Trump il y a deux ans. Les autorités brésiliennes vont rechercher "des connivences, voire des complicités" au sein de la police et dans les milieux politiques dans la préparation de ces événements.

franceinfo : On vient d’assister à une tentative de putsch ?

Frédéric Louault : C'était effectivement une tentative d'incitation au coup d'État de la part de milliers de partisans de Jair Bolsonaro qui souhaitent provoquer une rupture via une mobilisation des militaires et une intervention militaire pour organiser un coup d'État contre le président Lula. La démocratie brésilienne, pour l'instant, a tenu le coup, même si c'est un nouveau coup de poignard qui a été envoyé par les partisans de Bolsonaro dans le dos de la démocratie.

"Après un mandat qui a été marqué par les attaques contre les institutions démocratiques, on est finalement dans la continuité d'un rejet et d'un déni de démocratie de la part des militants les plus radicaux du bolsonarisme."

Frédéric Louault, professeur de science politique

à franceinfo

Cette action a-t-elle été préparée ?

Il faut rappeler qu'il y a des mobilisations des bolsonaristes depuis les élections d'octobre 2022. Après le deuxième tour, des militants radicaux ont bloqué de nombreuses routes et ont ensuite été délogés. Puis, ils ont organisé des campements devant les camps militaires pour inciter l'armée à invalider le score de l'élection. Ensuite, ils ont multiplié les manifestations. Ce qui est nouveau, ça a été ce rassemblement, cette convergence vers la capitale Brasilia, qui demande une organisation financière et une anticipation. Donc clairement, cela a été préparé.

Est-ce que ce qui s'est passé va les refroidir ou au contraire les encourager à continuer à contester ?

Cela va clairement renforcer la polarisation de la société brésilienne. L'électorat de Bolsonaro, plus modéré, va certainement finalement rejeter cette action. C’est ce que font de nombreux dirigeants politiques. Finalement, ils condamnent et dénoncent cet assaut du Capitole brésilien qui n'est pas seulement un assaut contre le Congrès, mais aussi contre la Cour suprême et contre le palais présidentiel. Par contre, ça va aussi, et c'est l'objectif de ces militants, attiser la ferveur d'autres militants, et notamment parmi les secteurs de la sécurité brésilienne. Je pense notamment à des policiers et des militaires qui pourraient se sentir encouragés. C'est pour ça que très rapidement, le président Lula a pris des mesures pour essayer de demander aussi des peines exemplaires contre les personnes qui ont participé à ces attaques contre le Congrès brésilien.

Jair Bolsonaro a-t-il une part de responsabilité ?

Il a une part importante de responsabilité, même s’il la nie. D'abord pour son comportement au moment des élections, pour ne pas avoir rapidement et clairement accepté les résultats de ces élections et reconnu sa défaite. Ensuite, pour ne pas s'être présenté à la passation de pouvoir. C'était la première fois que ça arrivait au Brésil. Puis, pour avoir quitté le pays avant même la fin de son mandat. Il s'est enfui aux États-Unis. Mais avant cela, pendant toute la campagne électorale, il a soufflé sur les braises. Il a dénoncé par anticipation des soi-disant fraudes électorales. Il a passé tout son mandat, finalement, à attaquer les institutions de la démocratie, notamment la Cour suprême et le Congrès, et à inciter ses militants finalement, à entrer en confrontation avec les forces démocratiques.

On est parti pour un feuilleton à l'américaine, avec l'ouverture d'une enquête pour savoir ce qui s'est passé ? Quel a été le rôle de Jair Bolsonaro ?

Oui, tout à fait. D'ailleurs, le gouverneur de Brasilia était déjà suspendu pour trois mois. Il est un allié de Bolsonaro. C’est son secrétaire de la sécurité qui est en charge de la police dans le district fédéral de Brasilia. Le gouvernement fédéral n’était pas en charge de la police, donc Lula ne pouvait pas intervenir. Le gouvernement fédéral n'était pas en condition d'intervenir. C'était le gouverneur du District fédéral et son secrétaire de la sécurité qui devaient assurer et maintenir l'ordre. Ils ont échoué, mais au-delà d'un échec, ce qu'on va observer, c'est peut-être des connivences, voire des complicités au sein de la police et dans les milieux politiques dans la préparation de ces événements. D'ailleurs, le secrétaire de la sécurité de Brasilia, qui a lui aussi été suspendu, et un ancien ministre de la Justice et de la Sécurité publique du gouvernement de Bolsonaro.

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