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Thaïlande : grâce au web, un duo satirique peut se moquer des politiques

C'est un ovni dans le paysage audiovisuel en Thaïlande. «Les informations superficielles en profondeur», émission satirique, attire des milliers d'internautes. A sa tête, deux hommes à lunettes noires qui se moquent des acteurs de la crise politique à Bangkok.
Article rédigé par Valerie Kowal
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Nattapong Tiendee et Winyu Wongsurawat, les deux animateurs des «Informations superficielles en profondeur», à Bangkok, le 22 janvier 2014. (AFP)

Les informations superficielles en profondeur, une émission uniquement diffusée sur le web, doit son succès à la crise politique actuelle en Thaïlande. Plus de 200.000 internautes se connectent à chacun des épisodes mensuels. Les humoristes Nattapong Tiendee et Winyu Wongsurawat, grosses lunettes noires, alternent tons badin et corrosif. Ils créent le buzz dans leur pays.

«Combien de fois devrai-je encore présenter mes condoléances», lance Winyu, évoquant le bilan des morts lors des manifestations de rue réclamant le départ de la Première ministre, Yingluck Shinawatra. Jow Kow Tuen (Les informations superficielles en thaï) est un super show. Nous avons bien eu des émissions satiriques par le passé, mais c'était surtout des sketches sans beaucoup de substances. Jow Kow Tuen, c'est un autre niveau», explique à l'AFP le commentateur politique, Verapat Pariyawong. «Cela permet aux gens de préserver leur santé mentale», ajoute-t-il.

Le petit journal en France, le Daily Show aux USA. En Occident, ce type d'émission s'est banalisé. Impensable à la télévision thaïlandaise. La couverture de la crise est d'ailleurs très partisane sur les chaînes privées appartenant à chacun des partis politiques.

Les émissions sont visibles sur Youtube. Dans la dernière, ils ciblent le chef de la commission électorale, soupçonné de vouloir faire capoter le processus électoral. Alors que les élections sont réclamées haut et fort par la rue, les deux comparses du web le surnomment «celui qui ne veut pas voter».

«Si vous lisez les journaux ou suivez les informations sur twitter ou à la télévision, tout semble si sérieux. Et tout est brouillé par l'émotion. Nous nous voulons évacuer toute cette émotion»,
explique Winyu, le beau gosse de l'émission, mélange asiatique de Yann Barthès et de Jon Stewart.

En janvier 2014, le quotidien anglophone le Bangkok Post saluait l'émission et la comparaît à une bouée de sauvetage car, écrit le journal, «dans l'océan de folie politique actuelle, nous nous noyons peu à peu».

La diffusion sur le web assure l'indépendance des Informations superficielles en profondeur. Pour afficher cette indépendance, Winyu a réalisé un sketch torse nu. Une façon de tourner en dérision la lutte entre «les chemises rouges» (pro-gouvernement) et les «chemises jaunes» (opposition). Mais cette indépendance a des limites et une barrière à ne pas franchir. En effet, l'émission s'interdit de toucher à la famille royale. Ce serait un crime de lèse-majesté. La famille royale est protégée par une loi draconienne, ce qui vaut à la Thaïlande d'être classée au 130e rang sur 180 pour la liberté de la presse par Reporters sans frontières. 

Pour Nattapong, houpette gominée, toge blanche et extravagantes lunettes noires, «notre façon de jouer nos expressions, nos sourires sont une façon de nous protéger. Car dans notre culture, le fait de sourire montre que nous sommes des types bien, pas dangereux. On pardonne bien plus aux comiques qu'aux gens sérieux.»

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