Népal : "Les premières 48 heures sont cruciales pour sauver les blessés"

Deux jours après le séisme qui a secoué le Népal, le bilan fait état de plus de 4000 morts. Francetv info a interrogé Gérard Pascal, chirurgien pour Médecins du monde, qui part lundi soir à Katmandou. 

Des victimes du séisme reçoivent des soins à l\'hôpital de Dhading Besi (Népal), le 27 avril 2015.
Des victimes du séisme reçoivent des soins à l'hôpital de Dhading Besi (Népal), le 27 avril 2015. (ATHIT PERAWONGMETHA / REUTERS )
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Propos recueillis par Elise Lambert

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Hôpitaux surchargés, pénurie de médicaments et accès aux soins difficile... Le séisme qui a secoué le Népal samedi 25 avril a fait plus de 7 500 blessés et 4 000 morts. Et les équipes humanitaires se préparent à affronter une "situation de sidération totale". 

Douze membres de l'ONG Médecins du monde (chirurgiens, médecins, infirmiers et logisticiens) décollent de Paris lundi 27 avril au soir, direction Katmandou. Leur mission : aider des équipes médicales népalaises complètement débordées, et porter secours aux victimes ensevelies. Gérard Pascal est chirurgien, membre de l'équipe d'urgence de Médecins du monde. Contacté par francetv info, il redoute que certaines populations isolées ne puissent pas être soignées.

Francetv info : Quel est l'état du système médical népalais ?

Gérard Pascal : Il faut comprendre que le système de santé népalais est assez inégalitaire. A Katmandou, dans la capitale, il y a trois hôpitaux qui sont assez bien équipés, avec plusieurs spécialisations de chirurgie qui permettent de couvrir les soins de base : orthopédie, digestion, traumatologie... Mais dès qu'on s'éloigne de cette ville, l'accès aux soins est très précaire. Les Népalais vont souvent à Katmandou pour se faire soigner, mais le système de santé n'est pas assez solide pour s'occuper des 27 millions d'habitants du pays.

Après le séisme, les principales routes ont été complètement détruites, des villages ont sûrement été rayés de la carte. Nous sommes dans une région montagneuse, ça va être très difficile pour nos équipes de se rendre sur place. Résultat : plusieurs régions sont actuellement enclavées et leurs habitants sont isolés. On va essayer de s'y rendre, d'improviser sur place en fonction de la situation, de trouver des centres de santé fonctionnels. Cela risque de prendre beaucoup de temps, et donc d'écourter la survie de ces personnes. On part avec près de 20 tonnes de matériel ce soir, dont une clinique mobile qui nous permettra d'apporter des premiers soins n'importe où.

Quels sont les types de traumatismes les plus fréquents lors d'un séisme ?

Lors d'une catastrophe de cette ampleur, les blessures et les traumatismes sont évidemment très lourds. Les personnes ensevelies ont souvent les membres écrasés, il faut faire des amputations lorsque les organes ne sont pas soignés à temps. Les premières 48 heures après une catastrophe sont cruciales si l'on veut sauver les blessés. Au-delà, le risque d'infection est beaucoup plus grand et peut aggraver la situation, et atteindre la vitalité des os par exemple. 

Il ne faut pas oublier non plus les risques liés à la rupture brutale de soins. Le pays est en état de pénurie, il n'y a pas de médicaments, ni d'accès à l'eau potable. Les personnes qui suivent un traitement quotidien, comme les diabétiques ou les asthmatiques, sont aussi en grand danger, car elles ne peuvent plus se soigner.

Qu'en est-il de l'accompagnement psychologique ?

Même si l'aspect psychologique est primordial, il sera mis en place après les premiers soins d'urgence, d'ici une quinzaine de jours, lorsque de nouveaux renforts de Médecins du monde seront déployés. En général, lors d'un séisme, les traumatismes psychologiques apparaissent quelques semaines après la catastrophe. Actuellement, la population est encore en état de choc et il est trop tôt pour déceler ce genre de traumatisme.

Nous allons essayer de recruter des psychologues sur place qui pourront prendre en charge les victimes et déceler des risques de dépression, de psychose ou de névrose.