Préoccupés par la pollution, les Chinois se passionnent pour un documentaire

L'équivalent d'un Chinois sur neuf a vu ce film qui explique les causes et les conséquences de l'épais nuage de pollution qui étouffe les grandes villes du pays.

Cette photo a été prise le 9 décembre 2009 à Linfen, l\'une des villes les plus polluées de Chine. Elle montre le smog dénoncé dans un documentaire qui passionne les Chinois, diffusé le 28 février 2015. 
Cette photo a été prise le 9 décembre 2009 à Linfen, l'une des villes les plus polluées de Chine. Elle montre le smog dénoncé dans un documentaire qui passionne les Chinois, diffusé le 28 février 2015.  (PETER PARKS / AFP)

En un week-end, le documentaire a enregistré plus de 155 millions de vues, soit l'équivalent d'un Chinois sur neuf. C'est donc peu dire que le film sur la pollution de Chai Jing, ancienne présentatrice vedette de la télévision d'Etat, passionne les Chinois.

Un documentaire choc

Selon le correspondant du Monde, depuis sa sortie, il "est au centre des discussions en Chine, entre amis dans le monde réel autant que sur les réseaux sociaux, ainsi qu’en tête des sites d’information". Intitulé Sous le dôme, il a été réalisé à titre privé. Chai Jing y détaille avec force pédagogie et entretiens percutants les causes et conséquences sur l'épais "smog" brunâtre qui embrume de façon endémique les métropoles chinoises.

Avec une liberté de ton peu courante en Chine, la journaliste dénonce successivement la dépendance au charbon, l'envolée des automobiles, le laxisme des gouvernements locaux réticents à fermer des aciéries sources d'emplois, la non-application des lois environnementales et les amendes dérisoires pour les pollueurs. Elle présente également des points de comparaison, interrogeant un élu de Londres et des officiels de Los Angeles pour examiner les politiques adoptées par ces deux métropoles, autrefois lourdement polluées. Le film se termine sur un vibrant appel, inhabituel dans un univers médiatique étroitement censuré, à "dire non" et à "se lever" pour changer la situation.

Mécontentement croissant en Chine

Ce film de 103 minutes, dont la réalisation nerveuse rappelle Une vérité qui dérange de l'ancien vice-président américain Al Gore, a été mis en ligne samedi, et repris par des médias officiels. Aussitôt, le succès a été viral auprès des internautes chinois, pour qui le "smog" est une préoccupation majeure.

La journaliste Chai Jing pose à Pékin, le 18 mars 2012.
La journaliste Chai Jing pose à Pékin, le 18 mars 2012. (TAO WIAOFANG / IMAGINECHINA / AFP)
 

Ce triomphe est dû en partie à la personnalité de Chai Jing, intervieweuse populaire et tenace qui avait démissionné de CCTV. Pour elle, ce documentaire était "un combat personnel" après avoir découvert que sa fille était atteinte d'une tumeur bénigne, attribuée à la pollution. Alors que le "smog" délétère nourrit un mécontentement populaire croissant en Chine, le Parti communiste au pouvoir avait indiqué l'an dernier "déclarer la guerre à la pollution" avec l'ambition de réduire la part des énergies fossiles. Sous le dôme n'en a pas moins provoqué sur les réseaux sociaux un déferlement de critiques contre l'inertie des autorités.