La charia instaurée au Brunei: prière obligatoire

C'est un petit sultanat richissime sur l'île de Bornéo. Mais le sultan Hassanal Bolkiah, un des hommes les plus riches du monde, vient d'y instaurer la charia. Une loi islamique entrée en vigueur le 1er mai 2014.

Hassanal Bolkiah, le sultan du Brunei, en visite en Birmanie, le 10 mai 2014.
Hassanal Bolkiah, le sultan du Brunei, en visite en Birmanie, le 10 mai 2014. (AFP/Christophe Archambault)
«Je place ma foi dans Allah le Tout-puissant et lui rends grâce pour annoncer que demain, jeudi 1er mai, sera réalisée la première étape de l'application de la charia», a déclaré le sultan dans un décret royal. «Allah lui-même a dit que sa loi est juste», explique-t-il. Pour Hassanal Bolkiah, l'observance du code pénal islamique est «un devoir pour tous les musulmans». Et ses décisions sont incontestées par ses 400.000 sujets. Des sujets qui bénéficient d'un des niveaux de vie les plus élevés de la région grâce aux ressources pétrolières.


La nouvelle législation prévoit l'amputation de membres pour les voleurs, la flagellation pour la consommation d'alcool ou l'avortement. La lapidation entre en vigueur en cas d'adultère. La prière est obligatoire le vendredi sous peine de prison et toute vie nocturne est interdite. Dès 22 heures, Brunei devient un Etat «fantôme». L'Islam est la religion officielle du sultanat, même si 13% de la population est bouddhiste et 10% chrétienne. Et surtout sa pratique y est beaucoup plus stricte qu'en Malaisie ou en Indonésie, ses deux pays voisins. Le Brunei compte déjà deux système judiciaires. L'islamique et le civil. Le civil ne se limite qu'aux litiges mineurs, commes les différends matrimoniaux.

Selon le magazine Forbes, la fortune du sultan est estimée à quelque 20 milliards de dollars. Sa célébrité est due à son immense collection de voitures de luxe et à ses palais recouverts d'or.

Le sultan envisageait dès 1990 d'instaurer la charia et ses discours se sont peu à peu ponctués d'allusions à la montée de la criminalité et l'influence pernicieuse d'Internet. L'instauration de la charia commence à faire des vagues à l'extérieur et beaucoup, comme l'homme d'affaires français François-Henri Pinault, appellent à ne plus fréquenter les hôtels appartenant au Brunei au nom des droits de l'Homme.


Comme l'écrit La Croix, «ces hôtels faisaient jusqu'ici le délice des chroniques mondaines. Les parisiens et très selects Plazza Athénée et Meurice mais aussi The Dorchester à Londres ou encore le Beverly Hills Hôtel à Los Angeles sont aujourd'hui au cœur d'une polémique qui mêle religion et droits de l'Homme». Car ces palaces appartiennet tous au Brunei. A travers le monde, des personnalités appellent à les boycotter pour protester contre l'application de la charia. Ainsi, le milliardaire britannique Richard Branson annonce avoir interdit à ses personnels et à leurs familles de résider dans les établissements concernés. Le comédien britannique Stephen Fry et l'animatrice TV américiane Ellen DeGeneres ont également fait savoir qu'ils ne les fréquenteraient plus.

Dolores Huerta, co-fondatrice d\'un mouvement féministe aux USA, participe à une manifestation contre la charia devant un hôtel de Beverly Hills qui appartient au sultan du Brunei. Los Angeles, le 5 mai 2014.
Dolores Huerta, co-fondatrice d'un mouvement féministe aux USA, participe à une manifestation contre la charia devant un hôtel de Beverly Hills qui appartient au sultan du Brunei. Los Angeles, le 5 mai 2014. (AFP/David McNew)

Le conseil municipal de Berverly Hills a adopté le 6 mai 2014 une résolution condamnant la loi islamique et enjoignant le Brunei à vendre le palace et les autres propriétés qu'il possède dans la ville. «Ces lois sont choquantes, cruelles, et doivent susciter une manifestation de soutien au respect des droits de l'Homme pour les habitants du Brunei», a déclaré Lili Bosse, la maire de Los Angeles.

Le français François Henri Pinault a aussi fait savoir via twitter qu'il condamnait la décision d'instaurer la charia. «En tant que président de @KeringForWomen qui a pour mission de combattre les violences faites aux femmes, je condamne fermement la décision du sultan de Brunei et boycotte ses hôtels.»

Pour Joseph Chinyong Liur, spécialiste de l'Islam, «le sultan est à un moment de sa vie où il doit se mettre en règle avec son identité religieuse, tant pour lui personnellement que pour le pays». Selon lui, les musulmans d'Asie du Sud-Est aspirent à refermer pour de bon le chapitre colonial de leur histoire par un retour aux fondamentaux de l'Islam.

De leur côté, les Nations-Unies ont exprimé leur «profonde inquiétude» et l'ONG Human Rights Watch a dénoncé des «châtiments moyenâgeux».