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Haïti : deux ans après le séisme, prémices du renouveau

Alors que le FMI prévoit une accélération de la croissance en 2012 à 7,8%, après 5% en 2011, le président Michel Martelly a indiqué que Haïti allait désormais privilégier l'exploitation de ses richesses grâce à des investissements étrangers. Quant aux déplacés, ils sont encore un demi-million à vivre dans des camps de déplacés.
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Le président haïtien Martelly lors d'une commémoration à Port-au-Prince, le 19/11/2012 (AFP/Xinhua/Andres Martinez Casares)

Fin octobre 2011, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que des zones «de la capitale dévastées reçoivent finalement l'attention qu'elles méritent». Si l'agence onusienne en Haïti déplore alors qu'il reste un demi-million de personnes vivant dans les camps près de deux ans après le tremblement de terre, elle parle néanmoins d'amélioration de la situation, car ils étaient encore 1,5 million en juillet 2011. 

Amélioration si l'on en croit l'OIM mais, selon d'autres sources, les différents projets mis en œuvre pour la reconstruction n'ont pas contribué au changement réel des mauvaises conditions de vie des sinistrés. AlterPresse évoque notamment un processus d'attribution des nouveaux logements très lent, contrarié par des complications administratives avec des manques de suivi des projets, des expulsions voire des actions violentes contre certains groupes de population. 

Autre avancée dans le processus de reconstruction, la moitié des dix millions de mètres cubes de gravats laissés par le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a été déblayée à la mi-octobre. "Une tâche colossale" qui a été effectuée à la main, dans des secteurs inaccessibles aux moyens mécaniques, indique Jessica Faieta, responsable du Programme des Nations-Unies pour le développement.

Le choléra demeure un péril
L'autre volet sanitaire concerne le choléra. La résorption de l'épidémie n'a pas eu lieu. En raison du manque de vaccins, le nombre de cas devrait atteindre la barre des 500.000 fin 2011,  déplore l'Organisation Mondiale pour la Santé. Le nombre des nouveaux cas s'est tout de même réduit de moitié en août, même si la saison des pluies a changé la donne. Le nombre de décès s'élève à près de 6.600 et le choléra pourrait devenir endémique, indique l'OMS.

Pour améliorer la situation, l'OMS tient à utiliser le vaccin pour les personnes les plus vulnérables; mais vu la faible quantité de vaccins disponible, identifier les plus nécessiteux est difficile. Bonne nouvelle, un second vaccin de choléra produit en Inde a été présélectionné par l'OMS fin septembre et «pourrait certainement changer la situation», conclu le docteur Claire-Lise Chaignat. Ce vaccin, comme l'ancien, nécessite l'administration de deux doses à un intervalle allant de sept jours à six semaines.

Pour venir en aide aux populations sinistrées: 230.000 morts et 3 millions de blessés, la communauté internationale s'est mobilisée: l'UE a promis 520 millions d'euros pour la reconstruction du pays. 74 millions ont été versés en 2010 et 150 millions devaient l'être en 2011. Il resterait 298 millions à débloquer en 2012.


Après le tremblement de terre, le 12 janvier 2010


La Banque Mondiale doit donner, elle, 180 millions de dollars pour aider le pays dans l'éducation, la préparation et la réaction aux catastrophes naturelles et l'agriculture. Quatre mois après la catastrophe, elle avait annulée la dette d'Haïti à son égard. 

Le FMI a, lui, accordé en juillet 2010 260 millions de dollars de prêts à Haïti sur trois ans. Un dixième seulement de cette somme a pour l'instant été versé. L'institution a indiqué avoir trouvé des accords avec le gouvernement sur un programme de réformes macroéconomiques et une troisième tranche de versement est prévue «en mai».

L'économie sur la bonne voie
Les nouvelles encourageantes viennent du domaine économique. Pour les institutions mondiales au chevet d'Haïti, la situation est bonne. Après une croissance de 5% en 2011, le chiffre attendu pour 2012, est de 7,8%, indique le Fonds Monétaire International (FMI). Il faut néanmoins certaines conditions pour que la prévision se réalise. «Le nouveau gouvernement doit accélérer la reconstruction et la stabilité politique et la sécurité doivent être maintenues», selon le FMI. Les secteurs qui contribueront à l'accélération de la croissance sont l'agriculture, la construction et l'industrie manufacturière.

De son côté, le président Michel Martelly a fait son mea culpa, indiquant que les sommes versées après le séisme de janvier 2012 avaient servi à l'assistance aux victimes au détriment de la reconstruction économique et au développement économique. «Ce qui a été fait pour sauver des vies était justifié», a-t-il ajouté mais l'heure est venue de contribuer au développement du pays. Dans ce but, il souhaite «promouvoir Haïti» et «exploiter les richesses», qui ne l'ont pas été. Son gouvernement espère attirer «entre et 3 et 4 milliards de dollars» d'investissements dans le tourisme, la pêche et l'agriculture en cinq ans pour faire décoller Haïti. Les investisseurs étrangers qui viendraient bénéficieront d'incitations fiscales et de garanties. Quant à l'éducation, délaissée jusqu'alors, elle pourrait créer des milliers d'emplois.   

Pour mener à bien le processus de reconstruction et jeter les bases du développement économique, qui nécessite la stabilité d'Haïti, l'ex-chanteur devenu président de la République, vient de s'engager lors d'une rencontre avec des parlementaires et des membres de l'opposition à favoriser le dialogue avec tous les secteurs du pays pour éviter les crises politiques.

Du 1er au 4 février 2012, le festival Etonnants Voyageurs en Haïti réunira quelque 45 auteurs, dont 25 écrivains haïtiens (la deuxième édition du 14 janvier 2010 avait été annulée en raison du séisme). La vie reprend ses droits dans tous ses aspects.

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