Thaïlande : à Bangkok, "pas d’affolement malgré le coup d'Etat"

Après l'annonce de la prise de pouvoir par les militaires, un journaliste basé en dans le pays décrit la situation dans la capitale.  

Le chef de l\'armée thaïlandaise Prayut Chan-O-Cha, entouré de hauts gradés, annonce à la télévision un coup d\'Etat en Thaïlande, le 22 mai 2014.
Le chef de l'armée thaïlandaise Prayut Chan-O-Cha, entouré de hauts gradés, annonce à la télévision un coup d'Etat en Thaïlande, le 22 mai 2014. (THAI TELEVISION / AFP)

Le chef de l'armée thaïlandaise est apparu, jeudi 22 mai, à la télévision pour annoncer "un coup d’Etat". Un couvre-feu a été instauré entre 22 heures et 5 heures. La veille, les militaires avaient déjà imposé la loi martiale. Lillian Decker, journaliste installé en Thaïlande depuis quatre ans, décrit à francetv info la situation à Bangkok. Il témoigne sous pseudonyme car les militaires ont suspendu les chaînes de télévision, et "interdit à tous les médias de rapporter ou de distribuer toute information ou toute photographie nuisibles à la sécurité nationale"

Francetv info : La situation est-elle tendue à Bangkok ?

Lillian Decker : C'est plutôt calme pour le moment. Les Thaïlandais continuent de travailler normalement. Certains se prennent en photo avec des militaires dans la rue. Il n'y a pas d’affolement malgré le coup d'Etat. L'armée a instauré un couvre-feu. De ce fait, la police a fait le tour des bars et des boîtes de nuit pour s’assurer que tout sera bien fermé ce jeudi soir. Cela ne devrait pas poser de problèmes.

Les Thaïlandais sont habitués aux manifestations et aux coups d’Etat. En 2010, des affrontements violents ont secoué le pays. 85 personnes étaient mortes. Aujourd’hui, les militaires sont intervenus directement pour empêcher que la situation dégénère à nouveau, ce que les Thaïlandais voient plutôt d’un bon œil. Un sondage publié jeudi montre que 75% d'entre eux sont en faveur de la loi martiale.

Les militaires risquent-ils de garder le pouvoir ?

Le pays est dans une impasse politique. Depuis deux jours, l’armée a tenté de mettre face à face les "chemises rouges" [partisans de la Première ministre destituée Yingluck Shinawatra] et les "chemises jaunes". Comme aucun accord n’a été trouvé, elle a finalement pris les commandes du pays. L’armée n’a aucun intérêt à conserver le pouvoir. Nous ne sommes plus dans les années 1980 [décennie pendant laquelle le pays était sous régime militaire dur, avec des assassinats politiques]. Les choses devraient revenir à la normale d’ici quelques jours, le temps de calmer les manifestants et d’arrêter les affrontements.

Il est cependant évident que l’armée ne rendra pas tout de suite le pouvoir. Elle le conservera quelques semaines ou quelques mois, au moins le temps d’organiser des élections ou un référendum. L’armée est une institution en Thaïlande. Personne ne voit les militaires comme des ennemis ou des envahisseurs. Au contraire, les Thaïlandais lui font confiance.

Quelles conséquences pour les étrangers qui résident en Thaïlande ?

Pour le moment aucune. La vie politique thaïlandaise est extrêmement compliquée, et les étrangers ne s’en mêlent que très peu. Ici, nombreux sont les expatriés à avoir vécu des coups d’Etat. Certains ont développé une sorte d’habitude et restent très distants.

Par contre, les évènements risquent d’avoir un impact sur le tourisme. Une telle chose serait fort préjudiciable pour le pays, dont l’économie repose en grande partie sur ce secteur. Les professionnels sont très inquiets. Les Thaïlandais ont besoin de continuer à attirer les touristes et les capitaux étrangers. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui poussent à croire que la situation va vite s’arranger.