Changement climatique: le café va déguster

Le caféier est une plante très sensible aux variations de température et d'humidité. Cultivé sur trois continents, Amérique du Sud, Afrique et Asie, il représente un bon témoin des conséquences du réchauffement de la planète. Mais, pour les 100 millions de personnes qu'il fait vivre dans le monde, l'avenir de sa culture est soumis au seul mot d'ordre valable aujourd'hui: adaptation.

Une femme montre des grains de café arabica dans une ferme de Cuatro Esquinas, à 32 km au sud de Managua, la capitale du Nicaragua. L\'arabica est le café préféré des Européens.
Une femme montre des grains de café arabica dans une ferme de Cuatro Esquinas, à 32 km au sud de Managua, la capitale du Nicaragua. L'arabica est le café préféré des Européens. (Hector RETAMAL / AFP)
Le réchauffement n'a jamais réussi au café. C'est vrai dans la tasse mais c'est aussi de plus en plus vrai dans les plantations. Une évolution confirmée par l'avertissement de l'ONU, à un mois de la COP 21, qui prédit une hausse des températures de 2,7°C, plutôt que les deux degrés espérés d'ici à 2050.

Deux variétés se partagent les zones caféières: le robusta et l'arabica, à la saveur complexe, le préféré des Européens. Le premier est, comme son nom l'indique, le plus robuste, il pousse dans le bassin du Congo. Il se cultive sans difficulté et sa croissance est rapide mais son arôme manque de subtilité. Il résiste mieux à la nouvelle donne climatique.

L'arabica quant à lui originaire d’Afrique de l’Est, est un arbuste aux fruits rouges dans lesquels se cachent les grains de café. Sa principale qualité réside dans un arôme très prononcé dû à la lente maturation des fruits. L’arbuste, constitué de nombreuses sous-variétés, pousse en altitude essentiellement en Ethiopie, au Soudan du Sud, au Kenya, mais aussi au Brésil et en Colombie. Très sensible à la chaleur, le «caféier d'Arabie», du nom des marchands arabes qui en ont fait la publicité au XIXe siècle, est planté à l’ombre d'arbres à feuilles comme les bananiers ou les cacaoyers.

El Niño de plus en plus ravageur
Dans toutes les régions où il prospère aujourd'hui, l'arabica sera de plus en plus confronté à la brutalité d'épisodes climatiques liés au réchauffement. En Amérique latine par exemple, Brésil en tête, le phénomène El Niño, aggravé d'année en année, est à l'origine du réchauffement des eaux de l'océan Pacifique équatorial. Résultat: les précipitations sont de plus en plus fortes dans certaines parties du continent et la sécheresse de plus en plus ravageuse dans d'autres. Le pays de la samba, premier producteur mondial, voit progressivement la culture du café durement éprouvée sur ses terres.

Une étude des chercheurs du Royal Botanic Gardens de Kew à Londres conclut même que les plants sauvages de café arabica sont menacés d’extinction d’ici à 2080, et pour certains dès 2020. Avec cette précision: «d’autres facteurs comme les parasites et les maladies, les changements dans les périodes de floraison, et peut-être une réduction du nombre d’oiseaux (qui dispersent les graines de café), ne sont pas inclus» dans l'étude.

Inégalité des producteurs d'arabica devant le réchauffement climatique
La solution pour les cultivateurs passe par l'adaptation dans un marché évalué à près de 16 milliards de dollars et une production annuelle oscillant entre 5 et 7 millions de tonnes.

Quelques pistes sont déjà suivies par les grands groupes mais se révèlent inaccessibles pour les petits producteurs: préserver l'eau et mettre en place un système d'irrigation là où auparavant ce n'était pas nécessaire; monter en altitude pour conserver les conditions de température idéales à la culture de l'arabica; se lancer dans la recherche génétique de variétés moins exigeantes en eau et plus résistantes aux températures élevées.

Les experts du Centre du commerce international estiment plus que probable la réduction du nombre de régions dans le monde propices à la culture du café, ajoutant que cette réduction des terres cultivables encouragera encore davantage la concentration de la production du nectar. Et les mêmes experts de prévenir: «toute perturbation sévère dans la production de l'un des principaux acteurs entraînerait une réduction massive de la production mondiale.» Pour eux, il est clair que le réchauffement climatique va renchérir le coût de production du café tandis que la course aux terres arables disponibles risque de devenir sans pitié.

Alors qu'il n'y a jamais eu autant de buveurs de café dans le monde - la consommation a quasiment doublé au cours des 20 dernières années, selon l'Organisation internationale du café - l'inexorable montée des températures va obliger les amateurs à changer leurs goûts ou encore à accepter de payer leur petit noir au prix de la bulle de champagne !