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Birmanie: les mines de jade, un pillage 10 fois supérieur aux chiffres officiels

Lutter contre l’opacité de l’économie birmane, dont le vaste pillage du jade est un exemple, est l'une des promesses électorales de l'ancienne opposante birmane Aung San Suu Kyi. Son parti, la LND,vainqueur des élections législatives, siégeait pour la première fois au Parlement, le 1er février 2016, avec la charge de nommer le prochain président.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un mineur entouré de pelleteuses dans une mine de jade dans la région de Hpakant, dans l'Etat de Kachin en Birmanie. (STR / AFP)

Dans la région des mines de jade de Hpakant, la jungle luxuriante a laissé place à un paysage lunaire. Et le balai des pelleteuses s'est enconre intensifié avant le scrutin législatif du 8 novembre 2015. Car ce marché, entouré du plus grand secret, reste la chasse gardée des vieilles élites qui ont bâti leurs fortunes à l’époque de la junte au pouvoir autodissoute en 2011. 

Dans les carrières qui se sont multipliées ces dernières années, les mineurs illégaux rêvant de faire fortune risquent quotidiennement leur vie à la tombée de la nuit. «Si je creuse tous les jours dans ce trou, c’est pour devenir riche un jour», témoigne Thein Zaw Win, mineur âgé d’une vingtaine d’années ayant fui la misère des plaines du centre de la Birmanie.

Comme lui, des milliers de travailleurs pauvres birmans affluent dans cette région pour tenter de récupérer les éclats de jade passés outre les griffes des pelleteuses. Une activité non contrôlée sur laquelle les autorités ferment les yeux.


Principal acheteur: la Chine
Et pour cause, la Birmanie tire d’importants profits de la présence massive de jade dans le sous-sol de cette région septentrionale qui représente 90% de la production mondiale de cette pierre précieuse. Cette exploitation des mines résulte de l’engouement des Chinois pour la fameuse pierre précieuse verte censée, selon eux, éloigner les mauvais esprits et garantir la santé. «Dans 50 ans, nous irons voir notre jade exposé en Chine», déplore un marchand birman.

Selon Global Witness, jusqu’à 80% du jade est sorti de Birmanie en toute illégalité par cette région frontalière avec la Chine. Un récent rapport, publié en octobre 2015, indique que le pays a vendu sur le marché mondial, en 2014, notamment en Chine, près de 27,5 milliards d'euros de jade, soit dix fois plus que le chiffre officiel.
 
Les accidents miniers, dus notamment à l’effondrement de monticules de terre, y sont fréquents. Plus de 100 personnes ensevelies ont trouvé la mort en novembre 2015 lors d’un glissement de terrain alors qu’elles dormaient dans des cabanes de fortune.

L'appel des ONG pour renforcer les contrôles
ONG et associations ont déjà lancé plusieurs campagnes pour demander au gouvernement birman de renforcer les contrôles sur les entreprises minières et leur imposer une réduction de l'activité. Mais leurs appels ont été jusqu'ici ignorés par le gouvernement semi-civil, en place depuis l'ouverture du pays en 2011.

Le jade représente aussi une source importante de revenus pour l'Armée d'indépendance kachin (Kachin Independance Army).
Mais son commerce a été affecté ces dernières années par la recrudescence des combats dans l'Etat Kachin.



Outre le jade, d'autres ressources natiurelles comme le pétrole, le gaz, le cuivre ou le bois précieux, sont l'objet d'un pillage dénoncé par les ONG. Elles font partie avec l'opium de la zone grise de l'économie birmane.

La Birmanie, eldorado de l’Asie du Sud-Est 
La Birmanie fait figure d’eldorado de l’Asie du Sud-Est après avoir été ruinée par 50 ans de junte militaire. Le pays est classé au 4e rang des pays qui connaissent la plus forte croissance (plus de 8% en 2014-2015), selon la banque mondiale. En termes de corruption, la Birmanie occupe la troisième place du classement international Versik Maplecroft.

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