Aux îles Tonga, des jeunes filles obligées de se marier avec leur violeur

Une disposition ancienne à Tonga, ancienne possession britannique dans le Pacifique, permet aux enfants de se marier à partir de 14 ans avec le consentement des parents. Une loi parfois détournée pour forcer de jeunes victimes de viol à se marier avec leur agresseur. Cette loi n'est pas le seul texte archaïque. Un autre permet de poursuivre et d'incarcérer un enfant à partir de l'âge de 7 ans.

Au nom de la préservation des traditions, les églises des Tonga refusent l\'adoption de lois protégeant plus les femmes et les enfants.
Au nom de la préservation des traditions, les églises des Tonga refusent l'adoption de lois protégeant plus les femmes et les enfants. (MICHAEL RUNKEL / ROBERT HARDING HERITAGE / ROBERTHARDING / AFP)

Dans cet archipel du Pacifique, l’âge légal du mariage est fixé à 18 ans. Sauf… s’il y a un accord des parents. L’âge est alors abaissé à 14 ans.
 
Le Parent Consent Act datant de 1926 (durant l’occupation britannique de ces îles) permet des mariages précoces, souvent forcés. Et parfois, pour la pire des situations.
 
«Nous avons en effet des cas documentés de jeunes filles ayant été forcées de se marier à l’agresseur qui les avait violées», déplore 'Ofa Guttenbeil-Likiliki, directrice du Women and Children Crisis Centre (WCCC) aux îles Tonga.
 
Quelles raisons peuvent pousser à ces pratiques? «Elles sont forcées à se marier à leur agresseur pour empêcher la honte, l’embarras, les commérages dans le village, affirme cette militante. L’agresseur va donc venir avec sa famille, faire le pardon traditionnel et ensuite, c’est accepté par la famille de la jeune fille. La décision, souvent prise par la famille, est de les marier.»
 
Ces cas ne sont malheureusement pas rares. Le vice-président du Parlement, Lord Tu’i’afitu, a enregistré 183 mariages d’enfants ces trois dernières années dans ce pays de 106.000 habitants.
 
Aux îles Tonga, une loi archaïque permet aux violeurs de se marier avec leurs jeunes victimes. Ces trois dernières années, il y a eu 183 mariages d\'enfants, selon un député du pays.
Aux îles Tonga, une loi archaïque permet aux violeurs de se marier avec leurs jeunes victimes. Ces trois dernières années, il y a eu 183 mariages d'enfants, selon un député du pays. (STEPHANIE COLASANTI / THE ART ARCHIVE / THE PICTURE DESK / AFP)

La législation pas assez protectrice des enfants
La loi permettant à de jeunes adolescents de se marier à partir de 14 ans n’est pas la seule qui ne protège pas les enfants. Le Criminal Offences Act permet de les poursuivre pénalement à partir de 7 ans.
 
‘Ofa Guttenbeil-Likiliki rappelle que certains enfants ont déjà été inculpés. «Nous avons déjà vu ce genre de cas après des émeutes. Quelqu'uns ont été poursuivis et mis derrière les barreaux.»
 
Le vice-président du Parlement des Tonga veut donc faire adopter un texte pour assurer «l’engagement des hommes et garçons à mettre un terme aux mariages forcés et promouvant l’égalité des genres et l’émancipation des femmes».
 
Il rappelle aussi que les femmes tongiennes font face à «des discriminations dans leur accès aux terres et à la propriété à travers des lois partiales sur l’héritage».
 
L’Unicef définit le mariage avant l’âge de 18 ans comme une violation fondamentale des droits humains qui peut entraîner de graves conséquences pour les enfants: isolement social, arrêt des études, ou augmentation des risques de violences conjugales.
 
Face à cette situation, Lord Tu’i’afitu aimerait pouvoir mieux protéger juridiquement ces femmes et enfants en faisait signer par son pays la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.

Mais il ne le peut pas en raison d’une résistance trop forte des groupes de l’opposition, conservateurs, qui relaient les peurs des églises chrétiennes. Elles pensent en effet que ce serait un premier pas vers l’adoption du mariage homosexuel.
 
Les Tonga font partie des six pays à ne pas avoir ratifié cette convention, avec les Etats-Unis, le Vatican, l’Iran, la Somalie, et le Soudan.