Attentat à Bangkok : "On ne peut exclure la piste de groupes terroristes étrangers"

Alors qu'un attentat a fait au moins 19 morts dans la capitale thaïlandaise, une spécialiste de la région, Sophie Boisseau du Rocher, explique francetv info le contexte politique "volatil" du pays.

Des secouristes évacuent une victime de l\'attentat commis à Bangkok (Thaïlande), le 17 août 2015.
Des secouristes évacuent une victime de l'attentat commis à Bangkok (Thaïlande), le 17 août 2015. (ATHIT PERAWONGMETHA / REUTERS)

Aucune revendication n'a pour le moment été annoncée. L'explosion d'une bombe en plein centre de Bangkok a fait au moins dix-neuf morts ainsi que des dizaines de blessés, lundi 17 août, tout près d'un sanctuaire très visité de la capitale thaïlandaise.

Spécialiste de la région, Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée à l'Institut français des relations internationales (Ifri), revient pour francetv info sur le contexte politique et la contestation croissante à laquelle doit faire face la junte au pouvoir dans le pays.

Francetv info : La junte militaire qui a pris le pouvoir en mai 2014 est-elle contestée en Thaïlande ? 
 
Sophie Boisseau du Rocher : Oui, elle l'est même de plus en plus. D'abord par l'armée elle-même, qui ne suit pas toujours les options prises par le général Prayut Chan-O-Cha, Premier ministre depuis un an. Ensuite par le conseil privé du roi, qui se distancie de certaines décisions. Enfin, il est évidemment contesté par les "Chemises rouges", les partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra. Des députés qui lui étaient favorables ont été interdits d'action politique.  
 
Il y a eu aussi la décision récente de la junte de retirer à Thaksin son grade de lieutenant-colonel dans la police, et l'appel récent de Thaksin à ne pas soutenir le projet de constitution que veut mettre en place la junte. De fait, l'agitation est de moins en moins larvée. Les Thaïlandais supportent de plus en plus mal la corruption, les mauvais résultats économiques, et l'impuissance du gouvernement. La situation est tendue.
 
Y a-t-il des conflits ethniques ou religieux en Thaïlande ?
 
Il y a un conflit dans le sud du pays, peuplé en écrasante majorité de Malais musulmans rattachés à la Thaïlande à la fin du XIXe siècle. Cette rébellion séparatiste a ressurgi depuis une quinzaine d'années, depuis que tous les canaux politiques entre ces Thaïlandais du Sud et les élites politiques de Bangkok ont été rompus sous le gouvernement de Thaksin. Ce conflit a fait plus de 6 300 morts depuis 2004. Est-ce qu'il peut remonter jusqu'à Bangkok ? Ce serait une première. Cela n'a jamais été le cas jusqu'à présent.
 
Des groupes terroristes étrangers peuvent-ils vouloir attaquer la Thaïlande ?
 
La Thaïlande s'est mal comportée récemment envers des musulmans étrangers. Elle a laissé dériver pendant des semaines les Rohingyas, une minorité persécutée de Birmanie fuyant ce pays. Par ailleurs, des Ouïghours [minorité musulmane de Chine] ont été expulsés récemment de Thaïlande en Chine [où ils risquent la torture, selon Amnesty International]. On ne peut donc exclure la piste de groupes terroristes étrangers comme l'Etat islamique.
 
Mais il est nécessaire d'être très prudent dans les interprétations. La situation est trop tendue pour que ce soit simple. La police peut n'utiliser que certaines informations et en délaisser d'autres, sur fond de climat politique volatil et critique vis-à-vis de la junte. Le gouvernement a par exemple pointé bien vite, comme motivation des auteurs de l'attentat, la volonté de faire fuir les touristes...