Tortures et brutalité, les méthodes de la CIA bientôt dévoilées dans un rapport officiel

Des sénateurs américains ont approuvé la déclassification d'un rapport officiel détaillant les méthodes musclés utilisées par le renseignement américain pour interroger des suspects après le 11-Septembre.

La sénatrice démocrate américaine Dianne Feinstein, le 3 avril 2014 à Washington (Etats-Unis).
La sénatrice démocrate américaine Dianne Feinstein, le 3 avril 2014 à Washington (Etats-Unis). (MOLLY RILEY / AP / SIPA)

Des sénateurs américains ont voté, jeudi 3 avril, en faveur de la déclassification, soutenue par Barack Obama, d'une partie d'un rapport sur les méthodes d'interrogatoire musclées de la CIA après le 11-Septembre. Dans ce document de 6 300 pages, l'agence américaine du renseignement est accusée d'avoir dissimulé certains détails sur la brutalité de ses méthodes, assimilées à de la torture, en vigueur sous le président George W. Bush, et auxquelles le président Obama a mis fin en 2009.

Ce vote de la Commission du renseignement du Sénat, par 11 voix contre trois, autorise la présidente de la commission, la puissante sénatrice démocrate Dianne Feinstein, à transmettre les 400 pages de résumé du rapport, ainsi que ses conclusions et ses recommandations, à la Maison Blanche. Ce rapport est au centre d'une guerre ouverte entre la CIA et le Sénat. L'agence d'espionnage est accusée d'avoir entravé le travail des assistants parlementaires qui ont travaillé pendant plus de trois ans à la rédaction de ce rapport, notamment en supprimant des documents de leurs serveurs.

Des responsables américains s'étaient fait l'écho fin mars, auprès du Washington Post, du contenu de ce rapport. La CIA aurait ainsi exagéré l'importance de certains complots et de prisonniers détenus dans ses prisons secrètes, et aurait caché que certains renseignements déterminants auraient été en fait lâchés par les détenus avant qu'ils ne soient soumis aux techniques brutales des agents américains.

"Une tache dans notre histoire"

"Le président, qui a interdit ces pratiques en prenant ses fonctions, pense que jeter la lumière sur ce programme aidera les Américains à comprendre ce qui s'est passé et nous guidera à l'avenir pour qu'aucune administration n'envisage d'adopter un tel programme, a affirmé Caitlin Hayden, la porte-parole du Conseil de sécurité nationale. Notre position reste que le résumé et les conclusions (...) devraient être déclassifiés, avec les caviardages nécessaires pour des raisons de sécurité nationale. Le président a clairement dit qu'il voulait que ce processus soit conclu aussi vite que possible".

Si Barack Obama donne son feu vert, les agences du renseignement s'engageront dans un processus de correction du document, où elles pourront pointer ce qui doit, à leurs yeux, rester secret. "Le but de ce rapport était de dévoiler la réalité de ce programme secret, et les résultats sont choquants", a déclaré Dianne Feinstein. Ce rapport montre une brutalité qui est en totale contradiction avec les valeurs de notre nation. Il détaille une tache dans notre histoire qui ne doit plus jamais pouvoir se produire".

Une censure de la CIA ?

La sénatrice a dit espérer que les corrections seraient "aussi peu nombreuses que possible" et a précisé que le processus prendrait au moins un mois. "Cette nation reconnaît ses erreurs, aussi douloureuses puissent-elles être", a-t-elle ajouté. Selon elle, plus de 100 détenus ont été soumis à ces interrogatoires brutaux.

Ce vote est un "premier pas important", s'est félicité mercredi l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, qui aurait cependant préféré que l'ensemble du rapport soit déclassifié pour clore un "faux débat sur la légitimité et l'efficacité de la cruauté". L'association Aclu de défense des libertés individuelles a exhorté la Maison Blanche à décider elle-même, et non la CIA, des corrections finales. "On ne devrait pas donner un stylo à censure à la CIA pour qu'elle cache son utilisation de la torture."