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Et si les Etats-Unis faisaient faillite ?

Le spectre du défaut de paiement se profile à Washington en raison du "shutdown". Faute d'accord budgétaire entre démocrates et républicains, le pays risque de ne plus pouvoir rembourser ses créanciers.

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Un manifestant tient une pancarte "Ce site est fermé. Ne pas entrer", pour demander la fin du "shutdown", le 13 octobre 2013, devant la Maison Blanche, à Washington. (JEWEL SAMAD / AFP)

Le "shutdown" n'est peut-être qu'un début. Paralysés depuis deux semaines par un blocage des dépenses de l'Etat fédéral et la mise en congé de 800 000 fonctionnaires, les Etats-Unis risquent à présent de se retrouver en défaut de paiement. Le Sénat (majoritairement démocrate) et la Chambre des représentants (majoritairement républicaine) ont jusqu'à jeudi 17 octobre pour s'entendre sur le relèvement du plafond de la dette américaine. Faute de quoi, le gouvernement ne pourra bientôt plus payer ses factures... et l'économie mondiale pourrait en faire les frais.

C'est quoi, un défaut de paiement ?

Un défaut de paiement survient lorsqu'un débiteur (ici, les Etats-Unis) ne peut pas rembourser ou verser ses intérêts à ses créanciers. Cette perspective menace les Etats-Unis car ils devraient heurter, jeudi, le plafond autorisé de leur dette. Autrement dit, le gouvernement aura atteint le montant maximal que la loi lui permet d'emprunter (12 300 milliards d'euros). Il ne restera alors plus que 22 milliards d'euros dans les réserves du Trésor. Et qui dit fin des emprunts, dit risque de fin des remboursements de la dette, donc risque de défaut de paiement.

Pourquoi, dès lors, ne pas relever ce plafond ? C'est le nœud du problème. Comme le montant de la dette est fixé en dollars, la simple croissance de l'économie américaine fait, de toute façon, qu'il faut relever le plafond régulièrement, explique notre blogueur Alexandre Delaigue. Cette fois, les démocrates et les républicains ne parviennent pas à s'entendre et font craindre la survenue effective d'un défaut de paiement – ce qui serait une première dans l'histoire des Etats-Unis, note La Tribune (alors que le "shutdown" est, lui, le 18e du genre).

Quel impact aux Etats-Unis ?

"Un défaut de paiement serait sans précédent et aurait un potentiel catastrophique", prédit le département du Trésor américain, dans une note (PDF, en anglais) publiée le 3 octobre. "Il pourrait y avoir une crise financière et une récession pires qu'en 2008", ajoute le département, évoquant des "conséquences qui pourraient se faire sentir sur plus d'une génération".

Il s'agit bien sûr de prédictions et le Trésor reconnaît qu'"une estimation précise des effets [d'un défaut de paiement] est impossible". Toutefois, le mécanisme général est connu. Sur les marchés, les taux d'intérêt américains risquent de s'envoler et la valeur du dollar de s'effondrer. Dans l'économie réelle, les investissements pourraient baisser et la croissance ralentirait, "avec moins d'embauches et un taux de chômage plus élevé" que prévu. Le Trésor évoque donc un danger pour les prévisions de croissance américaines à 2,4% pour le second semestre 2013 et à 2,8% pour l'année 2014.

Avant cela, si aucun accord n'est trouvé d'ici jeudi, les Etats-Unis devront décider de priorités dans le règlement de leurs factures. Le problème se posera surtout au 31 octobre, au moment du versement des intérêts (4,4 milliards d'euros) et des prestations sociales (40,4 milliards), qui ne pourra pas être effectué dans son intégralité, comme l'indiquent The Washington Post (en anglais) et Le Monde. Et ni les entreprises ni les ménages ne seront épargnés, selon des experts cités par The New York Times (en anglais).

Et dans le reste du monde ?

Au plan mondial, "nous serions exposés au risque de tomber, de nouveau, dans la récession", a averti, dimanche, la directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde. Un avis partagé par l'OCDE, qui prévoit que les pays développés replongeraient en récession en 2014 en cas de défaut américain.

Comme en 2008, la France ne pourrait pas passer entre les gouttes. La chute du dollar entraînerait une hausse de l'euro, et donc une baisse des exportations et une hausse des importations françaises. Le sort du dollar, monnaie de réserve mondiale, et celui des bons du Trésor, placements réputés les plus sûrs de la planète, bouleverseraient l'économie mondiale, comme s'en inquiète déjà la Chine. La crise de 2007 passerait alors pour "une aimable plaisanterie", estime Alexandre Delaigue.

Comment éviter une telle situation ?

Les observateurs s'accordent sur la faible probabilité d'un défaut de paiement américain. La solution la plus envisagée est celle d'un relèvement de dernière minute du plafond de la dette, grâce à un accord, au moins temporaire, entre les sénateurs et les représentants. Une autre éventualité est le contournement, par le Trésor américain, de la loi sur le plafond de la dette. Le gouvernement pourrait décider d'emprunter malgré tout, en s'appuyant sur une interprétation de la Constitution, comme le suggérait déjà en janvier un juriste américain sur le site Slate (en anglais).

Troisième possibilité : un accord trouvé quelques jours après le rendez-vous de jeudi et avant que l'intégralité des 22 milliards de dollars dont dispose encore le Trésor ne soit dépensée. Le défaut de paiement serait alors évité de justesse, mais pas les conséquences néfastes à plus long terme sur la confiance dans le dollar et les bons du Trésor. De quoi redouter une prochaine dégradation de la note américaine sur les marchés.

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