Présidentielle en Argentine: l'éclat terni du péronisme

Les électeurs argentins sont en train de découvrir la signification du mot «ballottaje» à l'occasion de la présidentielle de 2015. A lire les récents sondages, Daniel Scioli, poulain de la présidente sortante Cristina Kirchner, héritière du péronisme, devait l'emporter facilement au premier tour. Hélas pour lui, il devra affronter le candidat de droite Mauricio Macri dans un second tour inédit.

Une première depuis le retour de la démocratie en Argentine: le président de la Nation n\'aura pas été élu au premier tour !
Une première depuis le retour de la démocratie en Argentine: le président de la Nation n'aura pas été élu au premier tour ! (Gustavo Izús/M Brunengo, mab/sim/as / AFP)

Pour la première fois depuis 1982, date de la restauration de la démocratie en Argentine après la dictature militaire (1976-1982), le président de la Nation n'aura pas été élu dès le premier tour. Une habitude qu'avait prise le parti de Cristina Kirchner au pouvoir, le Front pour la victoire (FPV, gauche), lors des trois précédentes élections présidentielles. En 2011, Mme Kirchner l'avait ainsi emporté avec 54% des voix du premier coup.

Rien de tel aujourd'hui. Les électeurs vont devoir retourner aux urnes pour départager le péroniste, soutenu par la coalition sortante, Daniel Scioli (36,86% des voix) et Mauricio Macri, le maire conservateur de Buenos Aires (34,33%). Un ex-pilote d'off-shore contre un ex-président du club de football Boca Juniors. Arbitre du duel, qui aura lieu le 22 novembre 2015: Sergio Massa, 43 ans, député issu du mouvement péroniste, ancien chef de gouvernement de Mme Kirchner passé dans l'opposition. Avec plus de 21% des suffrages réunis sur son nom, l'homme a de quoi se vendre et négocier son soutien.

Comme Mauricio Macri, Massa plaide pour un changement de politique et une rupture avec le kirchnérisme, déclinaison du péronisme qu'il juge trop à gauche. Fondé par l'ex-président Juan Peron (1946-1955, 1973-1974), le péronisme, qui se mange à toutes les sauces, de gauche comme de droite avec un soupçon de populisme, a servi de colonne vertébrale au système politique argentin depuis 70 ans. Tant et si bien que dans l'inconscient collectif, seul un élu d'origine péroniste était jusqu'à présent à même de gouverner le pays.

L'influence de Mme Kirchner mise à mal sans préavis
Pour Cristina Kirchner et le camp péroniste, les déconvenues s'accumulent avec la perte inattendue de deux provinces où les électeurs votaient aussi le dimanche 25 octobre pour élire leur gouverneur. Dans la province de Buenos Aires (à ne pas confondre avec la capitale), considérée comme le fief du kirchnérisme dur, dont le gouverneur était jusqu'à présent Daniel Scioli, la victoire surprise (39,8%) d'une jeune candidate de droite, Maria Eugenia Vidal, soutenue par la coalition de Mauricio Massa, met fin à 28 ans de règne péroniste.

La coalition «Cambiemos» («Changeons») de Mauricio Macri a également remporté une victoire emblématique dans la province pauvre de Jujuy (Nord), autre bastion péroniste, où son allié radical, Gerardo Morales, a été élu gouverneur face au kirchnériste Eduardo Fellner. Jusqu'à aujourd'hui, 80% des provinces argentines se trouvaient dans l'escarcelle péroniste.

Autant de revers pour Cristina Kirchner, qui entendait conserver son emprise sur le pays malgré l'interdiction qui lui était faite par la Constitution de postuler un troisième mandat consécutif. A moins que, au bout du compte, l'échec de son camp ne lui fasse attendre plus sereinement dans l'opposition l'année 2019, lorsqu'elle sera de nouveau éligible.