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Obama admet que les Américains ont "torturé des gens" après le 11-Septembre

Dans un aveu historique, le président américain a reconnu que les Etats-Unis avaient "franchi une ligne" après les attentats du 11 septembre 2001. 

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France Télévisions
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Le président américain Barack Obama, lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche à Washington, le 1er août 2014.  (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

"Nous avons torturé des gens." Barack Obama a reconnu vendredi 1er août, en des termes très directs, que les Etats-Unis avaient "franchi une ligne" après les attentats du 11-Septembre, tout en appelant à se tenir à l'écart des jugements moralisateurs.

Evoquant, lors d'un point de presse à la Maison Blanche, la prochaine déclassification d'un rapport parlementaire sur les techniques d'interrogatoire employées par la CIA entre 2002 et 2006, le président américain a dit : "Nous avons fait beaucoup de bonnes choses, mais nous avons torturé des gens. Nous avons fait des choses contraires à nos valeurs." "Lorsque nous avons utilisé certaines techniques d'interrogatoire poussé, des techniques que je considère et que toute personne honnête devrait considérer comme de la torture, nous avons franchi une ligne", a poursuivi le président américain qui avait déjà utilisé le terme par le passé sans pour autant se livrer autant sur sa vision de cette période.

"Une énorme pression sur les épaules des forces de sécurité"

Après les attentats du 11 septembre 2001, la CIA a capturé des dizaines de personnes soupçonnées de liens avec Al-Qaïda, et utilisé des "techniques d'interrogatoire musclé". Ces méthodes comprenaient la privation de sommeil, la mise à nu du détenu ou encore la simulation de noyade. Rappelant qu'il avait interdit ces méthodes dès son arrivée à la Maison Blanche, Barack Obama a cependant mis en garde contre tout jugement "trop moralisateur" sur cette période.

"Je pense que lorsqu'on regarde en arrière, il est important de se souvenir combien les gens avaient peur après la chute des tours jumelles [du World Trade Center], le Pentagone avait été touché, un avion s'était écrasé en Pennsylvanie", a-t-il souligné. "Les gens ne savaient pas si d'autres attaques étaient imminentes. Il y avait une énorme pression sur les épaules des forces de sécurité et nos équipes de sécurité nationale pour essayer de faire face à cette situation", a-t-il encore noté.

"Assumer pour que cela ne se reproduise plus à l'avenir"

Selon des responsables américains, le volumineux rapport de la commission sénatoriale soulignera que les méthodes brutales d'interrogatoire de la CIA n'ont pas apporté plus de renseignements sur des projets terroristes que ce qui aurait pu être obtenu par des méthodes non coercitives. Ce rapport parlementaire, dont la publication devrait intervenir rapidement, est au cœur d'une tempête qui avait éclaté en mars dernier quand la présidente de la commission du Renseignement du Sénat, Dianne Feinstein, avait publiquement accusé la CIA d'avoir fouillé les ordinateurs utilisés par des enquêteurs de sa commission. Après avoir vigoureusement contesté dans un premier temps tout agissement déplacé de ses équipes, le directeur de la CIA, John Brennan, s'est - fait sans précédent - excusé cette semaine auprès de responsables du Sénat.

Lors de la conclusion de ses travaux, fin 2012, après trois ans et demi d'enquête, Dianne Feinstein, avait, sans dévoiler le contenu du texte, jugé que l'utilisation de "techniques d'interrogatoire musclé" avait été une "terrible erreur". La puissante sénatrice démocrate avait également estimé, à titre personnel mais sur la base du rapport d'enquête, que l'utilisation de ces techniques, notamment celle de la simulation de noyade, n'avait pas conduit à des renseignements ayant permis de localiser Oussama ben Laden, tué en 2011 au Pakistan lors d'un raid de commando américain.

Barack Obama, qui a toujours apporté son soutien à la déclassification du rapport du Sénat, a jugé vendredi qu'il serait utile pour aider les Etats-Unis à tourner la page, en gardant à l'esprit qu'un pays se définit par ce qu'il fait "quand tout est simple", mais aussi par la façon dont il réagit "dans l'adversité""Nous devons, en tant que pays, assumer nos responsabilités face à ce qui s'est passé afin que, je l'espère, cela ne se reproduise plus à l'avenir."

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