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Neuf bonnes raisons de s'intéresser à la présidentielle au Brésil

Le scrutin du dimanche 5 octobre mérite un coup d'œil, ne serait-ce que pour ses candidats farfelus.

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France Télévisions
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La présidente brésilienne, Dilma Rousseff, lors d'un discours à Brasilia, le 3 septembre 2014. (ERALDO PERES / AP / SIPA)

A googliser "Brésil", on croirait que la seule information digne d'intérêt est un match de basket entre les Bleues et les Brésiliennes (gagné par la France, si vous voulez tout savoir). Pourtant, il se passe autre chose de l'autre côté de l'Atlantique. Si, si : dimanche 5 octobre, il y a une présidentielle. Et franchement, elle vaut le coup de s'y intéresser. On vous donne neuf bonnes raisons.

1 C'est quand même un très grand pays

Le Brésil, ce n'est pas rien. Cinquième plus grand pays du monde, sixième pays le plus peuplé, septième économie du monde, des ressources naturelles gigantesques : ça mérite bien de s'y arrêter une seconde.

2 Il s'y passe, en ce moment, des choses importantes pour son avenir

Vous avez peut-être entendu parler des Brics. Ce sigle renvoit à cinq pays : le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud. Il désigne les économies émergentes. Pour les économistes, les Brics étaient synonymes de prospérité et de croissance vertigineuse. Il y a quatre ans, le Brésil affichait 7,5% de croissance.

Mais ce n'est plus l'expression à la mode, selon Le Monde. Maintenant, le Brésil fait partie des "Fragile five" (avec la Turquie, l'Inde, l'Afrique du Sud et l'Indonésie). Un nouveau club beaucoup moins prestigieux. Ses membres sont confrontés à une dépréciation de leurs devises nationales, une inflation élevée, des déficits courants importants, une exposition au risque de fuite de capitaux et une croissance faible. Il y a deux mois, le Brésil est même entré en récession.

Les maux de l'économie brésilienne sont en particulier l'endettement très élevé des ménages, la pénurie d'infrastructures, le manque de services publics et l'interventionnisme du gouvernement, explique Le Figaro. L'un des symptômes est l'explosion des prix :

 (THOMAS BAIETTO / FRANCETV INFO)

Pour le moment, le Brésil ne veut pas faire comme l'Europe. Hors de question de se lancer dans l'austérité. Le chômage touchait, l'an dernier, seulement 5,4% des Brésiliens, relève La lettre de l'Iris. Mais pour combien de temps ? Le Brésil est à la croisée des chemins et le prochain chef de l'Etat aura du pain sur la planche.

3 Si vous en êtes resté aux manifs d'avant la Coupe du monde, il faut vous mettre à la page

En février, le Brésil, c'était ça (un caméraman avait été tué) :

 Maintenant, c'est plutôt ça :

La présidente Dilma Rousseff à Santos, au Brésil, vendredi 30 septembre. (ANDRE PENNER / AP / SIPA)

Pas du tout la même ambiance, hein. Finie l'agitation sociale qui a duré des mois avant la Coupe du monde. Dans la rue, les émeutiers ont laissé la place aux militants rémunérés pour agiter les drapeaux et distribuer les badges.

En juin 2013, un an avant le Mondial et en pleine contestation, la présidente Dilma Rousseff dégringolait de 27 points dans les sondages ! Le Brésil entier semblait s'être ligué pour pourrir la Coupe du monde et la présidente au passage. Aujourd'hui, on lui prédit une nouvelle victoire (on y reviendra un peu plus tard).

4 Les Brésiliens sont comme nous : ils adorent râler. Et ils le font sur internet

Ce n'est pas parce qu'ils ne brûlent plus de voitures dans les rues que les Brésiliens sont contents. La contestation se passe maintenant sur internet. Et, selon l'O Estado de Sao Paulo, traduit par Courrier international, les Brésiliens sont passés "champions du cyber-coup de gueule".

Les Brésiliens sont ultraconnectés. A grand renfort de pétitions en ligne et de messages sur les réseaux sociaux (les Brésiliens forment le troisième plus gros contingent d'utilisateurs de Facebook), ils interpellent leurs dirigeants et exigent des changements ultralocaux ou débattent des grands projets de société. Sur Facebook, Anonymous Brasil, fer de lance des radicaux antisystème, a ainsi lancé un message : "Ne vote pas, lutte !" Un slogan subversif dans un pays où le vote est obligatoire. 

5 Cette campagne a vraiment été hors norme

Le site du crash du jet d'Eduardo Campos, à Santos, au Brésil, le 13 août 2014. (WALTER MELLO / AP / SIPA)

D'abord, l'un des principaux challengers s'est tué dans un accident moins de deux mois avant le scrutin. Le jet privé d'Eduardo Campos (troisième dans les intentions de vote) s'est écrasé en pleine ville, à Santos, ville du littoral de l'Etat de Sao Paulo.

Ce drame a eu une conséquence surprenante. Sa remplaçante, l'écologiste Marina Silva, a explosé dans les sondages. Evangélique, elle bénéficie plutôt du soutien de sa communauté et son profil de Brésilienne née en Amazonie et d'ancienne ouvrière touche une partie du pays.

Début septembre, elle était même donnée victorieuse au deuxième tour devant la présidente sortante et héritière du toujours très populaire Lula, qui s'imaginait déjà gagner par K.-O. au premier tour. On donne à Marina Silva le surnom d'"Obama brésilienne" parce qu'elle est noire dans un pays où tous les présidents jusqu'ici ont été blancs.

6 Vue de France, la politique brésilienne est déroutante

La candidate à la présidentielle brésilienne Marina Silva, le 30 août 2014 à Rio de Janeiro. (WILTON JUNIOR / AFP)

Pour un Français, la politique au Brésil peut être surprenante. D'un côté, elle est très moderne. D'abord, les deux principaux candidats sont des candidates. Par ailleurs, Marina Silva prône une troisième voie face aux deux poids lourds, le Parti des travailleurs de Dilma Rousseff et le PSDB de centre-droit d'Aecio Neves. Elle appelle à une autre manière de faire de la politique, qui mettrait fin à la prééminence des partis.

Mais, de l'autre, la classe politique évite soigneusement d'aborder certains sujets de société. Dans ce pays très chrétien, pas question, par exemple, de parler de l'avortement, aujourd'hui autorisé uniquement en cas de viol, de danger pour la vie de la mère ou d'anencéphalie du fœtus. Une femme qui transgresserait l'interdit risque quatre ans de prison. Elles seraient 800 000 à braver la loi chaque année. "Le Brésil est un pays paradoxal, voire hypocrite, à la fois libéré et conservateur", observe le sociologue Rudá Ricci dans Libération.

7 Quand on regarde les scandales de la classe politique brésilienne, on se sent moins seuls en France

La présidente du Brésil, Dilma Rousseff, à Brasilia, le 7 août 2014. (ANDRE DUSEK / ESTADAO CONTEUDO / AFP)
 
Jérôme Cahuzac, Nicolas Sarkozy, Thomas Thévenoud et Jérôme Lavrilleux sont des petits joueurs en regard du scandale qui secoue le Brésil. 

Pour faire court : à quelques semaines seulement du premier tour, un ancien haut dirigeant de Petrobras, détenu et poursuivi pour blanchiment, aurait révélé à la police que la compagnie pétrolière publique avait versé pendant des années des pots-de-vin à des responsables politiques. Il aurait cité le ministre de l'Energie, les présidents du Sénat et du Congrès, des dizaines de députés, six sénateurs et trois gouverneurs. Rien que ça. Ils se trouvent surtout dans le camp de Dilma Rousseff.

Menacée, la présidente sortante a fait valoir que c'était "le gouvernement qui [avait] ordonné cette enquête, notamment en mobilisant la police fédérale". Sauf qu'avant de diriger le pays, elle a été présidente du conseil d'administration de Petrobras et ministre de l'Energie.

Mais pas de panique pour le camp Rousseff, explique le spécialiste Stéphane Monclaire sur RFI : "La plupart des couches populaires ne prêtent pas attention à ces affaires et ça ne fait que renforcer dans leurs convictions les classes moyennes qui vont voter massivement contre Dilma Rousseff." Au bout du compte, la présidente a de fortes chances de gagner malgré ses casseroles et un mauvais bilan économique, car les couches populaires "ont l'impression que tout va bien, parce que leur pouvoir d'achat a augmenté. Ils voient le Brésil de l'endroit où ils sont", analyse l'universitaire. Et Dilma Rousseff l'a bien compris : elle s'appuie sur son bilan social plutôt positif et accuse Marina Silva de vouloir couper les aides sociales. Si Dilma Rousseff reste favorite dans les sondages, c'est plus par dépit, l'offre électorale ne satisfaisant pas les Brésiliens.

8 Vous voulez souffler un coup ? Regardez, il y a des candidats plutôt marrants

D'abord, il y a ce candidat écolo qui veut légaliser le cannabis. Son clip de campagne est un reggae sur le célèbre Don't Worry, Be Happy.

 
Et puis, on n'en a pas parlé, mais il y a aussi des élections législatives au même moment. Au Brésil, on peut choisir son identité pour faire campagne. Du coup, Batman et Robin, Neymar, deux Pelé, trois Ben Laden, Geraldo Wolverine et Tiché Michael Jackson sont officiellement candidats. Ah, et il y a aussi Jésus 33 333 :

9 On vous fait un résumé de ce qu'il faut retenir

Le Brésil est un grand pays dont l'économie ne va pas bien et qui doit faire des choix importants pour son avenir. Depuis la Coupe du monde, le pays est calme, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de mécontentement. La contestation s'exprime notamment sur internet.

Cette campagne a été hors norme. L'un des principaux candidats s'est tué en avion, sa remplaçante connaît un succès inespéré et la présidente sortante est engluée dans un scandale de pots-de-vin. Par défaut et pour son bilan social plutôt positif, elle reste favorite de l'électorat.

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