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Le "procès du siècle" s'ouvre pour les cerveaux présumés du 11-Septembre

Les cinq hommes accusés d'avoir planifié les attentats de 2001 à New York et Washington sont jugés à partir d'aujourd'hui par un tribunal militaire, sur la base américaine de Guantanamo.  

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France Télévisions
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Des détenus en combinaison orange dans le centre de détention de Guantanamo, sur l'île de Cuba, le 11 janvier 2002.  ((STEPHAN WERMUTH/REUTERS))

Les Etats-Unis attendent ce moment depuis onze ans. Samedi 5 mai s'ouvre, sur la base militaire de Guantanamo, enclave militaire américaine située sur l'île de Cuba, le procès du 11-septembre 2001. Y seront jugés cinq hommes accusés d'avoir participé à la préparation de ces attentats qui ont fait près de 3000 morts. Ces terroristes présumés sont incarcérés depuis plusieurs années dans le camp pénitentiaire de Guantanamo

FTVi revient sur les questions qui se posent autour de ce que la presse américaine qualifie de "procès du siècle".

• Qui sont les cinq accusés ?

Khalid Cheikh Mohammed, surnommé KSM en anglais, est accusé d'avoir occupé une place centrale dans l'organisation des attentats du 11-Septembre. "Le cerveau" de l'opération aurait sélectionné les pirates de l'air, puis les auraient entraînés à utiliser des couteaux à lame courte en prenant pour cobayes des moutons et des dromadaires. Détenu depuis 2003, ce Pakistanais, qui a grandi au Koweït et étudié aux Etats-Unis, a avoué être responsable de 31 attentats, ou tentatives d'attentats, ainsi que de l'exécution de Daniel Pearl, journaliste du Wall Street Journal , kidnappé et décapité en 2002.

Quant à ses quatre coaccusés, Ramzi ben al-Chaïba, Ali Abd al-Aziz Ali, Wallid ben Attash et Moustapha al-Houssaoui, ils sont soupçonnés, entre autres faits terroristes, d'avoir également participé à la formation des kamikazes qui ont détourné les avions de ligne vers le World Trade Center (New York) et le Pentagone (Washington), ainsi que ceux du vol 93, qui s'est écrasé en Pennsylvanie après une rébellion des passagers. Tous encourent la peine de mort.

• Pourquoi sont-ils jugés par un tribunal militaire ? 

Les terroristes présumés seront jugés sur la base-prison américaine de Guantanamo"Sur une terre contesté et dans un tribunal d'exception", a déploré Libération en avril. Cette décision de recourir à un tribunal militaire a été vivement décriée par les organisations de défense des droits de l'homme outre-Atlantique. "L'administration Obama fait une terrible erreur en utilisant un système judiciaire de second ordre pour organiser les procès pour terrorisme les plus importants de notre époque", a déclaré le directeur exécutif de l'Union américaine de défense des libertés civiles (ACLU), Anthony Romero.

En 2009, l'administration Obama, fraîchement élue, avait indiqué que les cinq accusés auraient droit à un procès civil, dans un tribunal new-yorkais. Quand il était encore candidat, le démocrate avait assuré que les procès du 11-Septembre étaient "trop importants pour être tenus devant un système biaisé de commission militaire"Mais trois ans plus tard, les républicains du Congrès ont fait interdire le transfert de détenus de Guantanamo, les "Gitmo", sur le sol américain proprement dit.  

Ainsi, au début du mois d'avril, le Pentagone a définitivement approuvé les chefs d'inculpation retenus en juin 2011 par les procureurs militaires. 

• Le procès sera-t-il l'occasion de dénoncer la torture ?

Même devant un tribunal militaire, "aucune déclaration obtenue sous la contrainte ne peut être utilisée", a affirmé à l'AFP l'actuel procureur en chef, le général Mark Martins. Or, selon un rapport du renseignement, les premiers aveux de KSM ont été obtenus après 183 simulations de noyade et 7,5 jours d'affilée de privation de sommeil dans une prison secrète de la CIA.

"Dans la guerre contre le terrorisme, la justice n'est pas notre premier objectif, notre boulot est de les empêcher de recommencer", a justifié Marc Thiessen, ancien responsable sous George W. Bush. Selon lui, KSM planifiait de nouvelles attaques, "nous devions donc avoir l'information et il n'y avait pas d'autres moyens", a-t-il dit, se félicitant d'avoir amassé par ce biais, "beaucoup de renseignements qu'on n'aurait pas obtenus s'il avait eu un avocat".

Au cours de cette détention, le Pakistanais a "perdu 22 kilos". "Les manipulations diététiques faisaient partie des techniques", a confirmé l'ancien chef de la CIA, José Rodriguez, interrogé sur la chaîne américaine CBS. Pour justifier ces techniques d'interrogatoire "rigoureuses", il a par ailleurs indiqué que KSM "était l'un des détenus les plus durs." 

"Tous les cinq ont été torturés de manière différente", a conclu Anthony Romero, de l'Union américaine de défense des libertés civiles. Manipulation de l'environnement, privation de sommeil [et] températures extrêmes", énumère-t-il, bien décidé à faire de ce procès celui "des crimes du 11-Septembre mais aussi des crimes innommables du gouvernement américain qui a utilisé la torture au plus haut niveau". James Connell, avocat d'un des cinq accusés, a d'ores et déjà indiqué qu'il appellerait "des témoins pour comprendre ce qu'il s'est passé dans ces prisons secrètes". 

• Quel impact auront les débats ? 

"C'est le Nuremberg d'aujourd'hui", a lâché au Miami Herald (lien en anglais) le lieutenant colonel Todd Breasseale, en référence au célèbre procès des responsables nazis en 1945-1946. De fait, Todd Breasseale a reçu un grand nombre de demandes d'accréditation pour suivre les audiences. Des observateurs d'ONG, une soixantaine de journalistes (pas plus, étant donné la capacité d'accueil limitée de la base), venus de partout dans le monde, ainsi que des proches de victimes, se rendront sur place.

Pour maîtriser l'affluence, le département de la Défense a organisé une loterie afin de désigner les proches qui pourront assister à l'audience : deux veuves, un veuf et deux sœurs de victimes ont eu le droit d'assister à ce procès.

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