Pourquoi le patron d'Amazon rachète le "Washington Post"

Jeff Bezos, le fondateur du premier site de vente en ligne, cherche à diversifier ses activités, mais pourrait aussi avoir des motivations plus stratégiques.

L\'entrée du \"Washington Post\", le 5 mai 2010, à Washington (Etats-Unis).
L'entrée du "Washington Post", le 5 mai 2010, à Washington (Etats-Unis). (KAREN BLEIER / AFP)

Après la vente en ligne, le patron-fondateur d'Amazon investit dans la presse. Jeff Bezos a acheté le fameux quotidien américain The Washington Post, ainsi que d'autres activités de la Washington Post Co, pour 250 millions de dollars (190 millions d'euros), a annoncé le groupe, lundi 5 août. Retour sur les raisons de ce rachat surprise.

Un journal en déclin dans la nécessité d'un repreneur

La transaction marque la fin de 80 ans de contrôle du journal par la famille Graham. "Des années de difficultés familières au secteur des journaux nous ont incités à nous demander s'il pourrait y avoir un autre propriétaire qui soit meilleur pour le Post", a commenté Donald Graham, le PDG du groupe, dans une lettre (en anglais) relayée par quotidien.

Le Washington Post est le septième quotidien aux Etats-Unis. C'est dans ses colonnes qu'a été révélé le scandale du "Watergate", qui a débouché sur la démission du président Richard Nixon en 1974. Mais si son prestige reste entier, le journal américain a du mal à gagner de l'argent. Le pôle presse du groupe a accusé une perte d'exploitation de 49,3 millions de dollars (37 millions d'euros) au premier semestre 2013, après avoir déjà enregistré une perte de 33,2 millions de dollars (25 millions d'euros) au premier semestre 2012.

Jeff Bezos, un patron qui veut se diversifier

C'est une personnalité particulière qui vient d'acquérir le titre de presse. Surnommé "le perturbateur-en-chef" par le magazine Fortune, Jeff Bezos est un grand nom d'internet. Il est à l'origine de la liseuse Kindle, une tablette qui se veut la concurrente bon marché de l'iPad d'Apple. Mais c'est aussi un homme qui a appris à se diversifier. Il ne s'est pas contenté de faire de sa librairie virtuelle Amazon le premier site de vente en ligne. Il a aussi un projet, appelé Blue Origin, qui vise à envoyer des gens dans l'espace. Et l'an dernier, il a financé avec sa femme une campagne pour la légalisation du mariage homosexuel. 

Avec le rachat du Washington Post, il ajoute une nouvelle corde à son arc. Quelles sont ses motivations ? "Les journaux ont retrouvé leur ancien statut de jouets des riches, plutôt que de centres de profits induits par le marché", observe une journaliste du Guardian (en anglais). "Les grandes fondations telles que Ford et Gates commencent à subventionner directement le journalisme, non pas parce qu'ils se sentent désolés pour elle, mais parce qu'ils pensent qu'elle apporte toujours à la société."

Un rachat stratégique à l'heure des médias en ligne

Les raisons de ce rachat peuvent aussi être stratégiques. Bezos a expliqué, dans une lettre envoyée aux employés du Washington Post, qu'il ne changerait pas la ligne éditoriale du journal. Aucun plan de départs ne devrait d'ailleurs frapper les 2 000 salariés du titre. Mais "nous aurons besoin d'inventer, ce qui signifie que nous aurons besoin d'expérimenter", précise-t-il. Il affirme vouloir se focaliser sur internet et les changements d'habitudes des lecteurs.

Dans ces conditions, même si c'est Jeff Bezos en personne et non pas Amazon qui devient propriétaire du journal, l'hypothèse d'un partenariat avec l'entreprise de vente en ligne n'est pas écartée. Alan D. Mutter, consultant dans les médias, interrogé par le New York Times (en anglais), explique ainsi qu'il pourrait y avoir des collaborations avec les marques d'Amazon, comme la publication des contenus du Washington Post sur la tablette Kindle, ou encore des vidéos du Post publiées sur le site de vente en ligne.