La France s'y prend-elle comme un manche pour encourager la high-tech ?

François Hollande s'est rendu dans la Silicon Valley pour rencontrer des entrepreneurs français et américains du domaine des nouvelles technologies.

François Hollande aux côtés de Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Vente-privée.com, le 6 février 2014 à La Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
François Hollande aux côtés de Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Vente-privée.com, le 6 février 2014 à La Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). ( MAXPPP)

Aucun président français ne s'y est rendu depuis François Mitterrand en 1984. Trente ans plus tard, François Hollande visite, mercredi 12 février, la Silicon Valley, étape californienne de son voyage aux Etats-Unis. Le chef de l'Etat, accompagné de Fleur Pellerin et de patrons de start-up françaises, rencontrera les grands dirigeants de l'internet, d'Eric Schmidt (Google) à Jack Dorsey (Twitter) en passant par Sheryl Sandberg (Facebook).

François Hollande va aussi vanter le désir de compétitivité de la France devant les jeunes entrepreneurs installés aux Etats-Unis, souvent peu avares de critiques envers la politique numérique hexagonale. La France s'y prend-elle vraiment mal pour choyer les start-up ?

Oui, la France présente trop de lourdeurs administratives

La lourdeur du système français est régulièrement décriée par les entrepreneurs. A commencer par leurs grands représentants. Dans Le Nouvel Obs, Jacques-Antoine Granjon, fondateur du site Vente-privée.com, pointe les difficultés rencontrées par ceux qui veulent se lancer : "Une start-up qui démarre, la première chose qu'elle reçoit c'est un papier du RSI [Régime social des indépendants] et un papier de l'Urssaf qui réclame un premier chèque alors qu'elle n'a même pas encore levé de capital." 

Pour Jean-Baptiste Hironde, créateur d'une application pour smartphone, interrogé lui aussi par l'Obs, "si on remplit toutes les exigences, on n'a plus le temps de se pencher sur son produit". Un propos confirmé par Xavier Niel, le patron de Free, qui dénonce des pertes de temps : "On reçoit chaque jour des questionnaires pour faire des statistiques dont personne n'a rien à faire." Il appelle donc à "simplifier au maximum la création et la gestion d'entreprise"

Oui, la France donne l'impression d'être archaïque

La classe politique a-t-elle peur des nouvelles technologies ? Elle affiche en tout cas un certain protectionnisme, dénoncé la presse américaine en mai 2013, après l'épisode du rachat bloqué de Dailymotion par Yahoo !. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait refusé de laisser partir le fleuron de l'internet français dans le giron américain, épinglant la "santé vacillante" de Yahoo !.

Le mot est aujourd'hui encore dans toutes les bouches, avec le bras de fer engagé entre les taxis et Uber, un service de voiture de tourisme avec chauffeur disponible sur smartphone. Pour Renaud Visage, un entrepreneur cité par L'Express, "l'affaire Uber [est] catastrophique. La France a l'air archaïque et semble systématiquement céder aux gros lobbys au détriment des start-up"

Autre dossier cristallisant les critiques sur ce protectionnisme tricolore : l'arrivée du tant attendu Netflix. La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a d'ores et déjà prévenu : ce service de streaming, disponible outre-Atlantique, devra "se plier" aux régulations françaises, notamment en matière de financement de la création cinématographique.

Oui, la France a du mal avec les chefs d'entreprise

D'une façon générale, la vision que la France a des start-up et des nouvelles technologies laisse les entrepreneurs perplexes. Le fondateur du mouvement de défense des entrepreneurs "pigeons" Carlos Diaz estime dans La Croix que le monde numérique est perçu comme une "menace". "Les Français sont friands de nouvelles technologies, mais la classe politique se positionne comme un gendarme de l'internet", déplore-t-il. 

"En France, on a tendance à considérer les entrepreneurs comme des profiteurs", renchérit un autre entrepreneur français, qui a passé un an aux Etats-Unis. "Ici on est des stars, on est respectés." D'où vient le problème ? "Nous sommes de grands sceptiques", répond Eric Carreel, fondateur de Sculptéo, spécialiste de l'impression 3D, dans Le Nouvel Obs. "Les technologies sont rapidement adoptées, mais souvent tard par rapport aux Américains." 

Cette méfiance se voit dans les comportements, souligne Carlos Diaz : "Quand Obama vient, il serre dans ses bras [Mark Zuckerberg] le fondateur de Facebook. Nous aimerions que François Hollande embrasse aussi l'innovation."

Non, la France n'a pas une si mauvaise fiscalité

Mais tout n'est pas noir. Pour beaucoup, rester en France pour monter une start-up est une bonne chose. Non, la fiscalité – pourtant critiquée par le mouvement des "pigeons" en 2013 – ne fait pas fuir les entrepreneurs, estime Xavier Niel dans L'Expansion : "La perception de la fiscalité paraît délirante." Mais "depuis le 1er janvier [2013], la fiscalité des plus-values est de 23%, (...) inférieure à celle de l'économie américaine, justifie la 10e fortune de France. Si vous léguez une entreprise, la fiscalité est de 6% à 7%. Il y a peu de pays où la fiscalité soit si faible." 

La fiscalité n'est donc pas dissuasive, et le patron de Free n'est pas le seul à le dire. Un classement du Washington Post, datant de novembre 2013 et repris par Le Figaro, révèle que la France se place parmi les dix économies européennes les plus favorables au développement de start-up. 

Non, la France a des secteurs qui innovent

Le palmarès Deloitte (en anglais), publié en décembre, montre que la France place 90 de ses start-up parmi les 500 entreprises au plus fort taux de croissance ces cinq dernières années. C'est mieux que le Royaume-Uni. Cette bonne santé se constate dans certains secteurs, à l'instar du domaine médical. Les sociétés françaises y redoublent d'ingéniosité et multiplient les innovations technologiques, insiste Le Figaro. Dernier exemple en date : le cœur artificiel, implanté à un patient fin 2013 et entièrement créé par la société Carmat. Elle est d'ailleurs l'une des entreprises françaises invitées par François Hollande à présenter son invention en Californie.

Et cette tendance à l'innovation hexagonale pourrait s'accentuer dans les années à venir. En effet, plusieurs start-up françaises planchent déjà sur des solutions technologiques en vue de soigner le glaucome ou guérir le cancer. 

Non la France veut être plus attractive

Pour se vendre, ces sociétés auront besoin de l'appui de la France. C'est tout le défi que s'est lancé le gouvernement. Il a créé, pour cela, le label "French Tech", fin 2013. Cette mission, dotée d'une enveloppe de 215 millions d'euros, vise à faire émerger et promouvoir les champions français du numérique à l'étranger. Parmi les leviers proposés : un soutien de l'Etat auprès d'initiative privées pour booster la croissance des start-up, détaille le site 01net. Objectif final : faire de la France une "start-up République"

C'est dans cette optique que François Hollande visite la Silicon Valley, la Mecque des nouvelles technologies. Le président doit y inaugurer le "French Tech Hub", un incubateur de start-up françaises installé à San Francisco. La structure doit les aider à entrer en relation avec des investisseurs. Sur ce terrain, le gouvernement voit grand. D'autres "hub" doivent voir le jour à Boston et en Chine.