Film anti-islam : le numéro d'équilibriste de YouTube

Le site de partage de vidéos a expliqué sa "ligne" sur le brulôt à l'origine des émeutes anti-américaines dans le monde arabe. FTVi liste ses arguments.

Les extraits vidéo du film anti-islam \"L\'Innocence des musulmans\" n\'ont été supprimés par YouTube qu\'en Egypte et en Libye (capture d\'écran).
Les extraits vidéo du film anti-islam "L'Innocence des musulmans" n'ont été supprimés par YouTube qu'en Egypte et en Libye (capture d'écran). (YOUTUBE)

VIOLENCES ANTI-AMERICAINES - "Une vidéo écœurante et condamnable." Hillary Clinton n'a pas eu de mots assez durs, jeudi 13 septembre, pour condamner le film anti-islam qui a provoqué la mort de quatre Américains en Libye et déclenché des manifestations anti-américaines dans tout le monde arabe.

Pour autant, l'extrait vidéo de 14 minutes de Innocence of Muslims (L'Innocence des musulmans) est toujours disponible sur YouTube, aux Etats-Unis comme dans la majorité des autres pays, à l'exception de la Libye et de l'Egypte. Comment la plateforme de vidéos explique-t-elle sa position ? FTVi revient sur ce numéro d'équilibriste.

YouTube fait de la diplomatie…

Dans le cadre de ses conditions d'utilisation, YouTube précise qu'il "n’est tenu à aucune obligation générale de surveillance de tout contenu soumis ou diffusé via le service". Généralement, la plateforme se contente d'intervenir lorsque des internautes lui signalent des contenus répréhensibles au regard de la loi. 

La situation est un peu différente cette fois-ci. YouTube a ainsi annoncé mercredi avoir pris l'initiative de restreindre "temporairement" l'accès au film polémique en Libye et en Egypte, "étant donné la situation très difficile" dans ces deux pays. "Nous pensons aux familles des personnes tuées dans les attaques hier en Libye", indique dans un communiqué le site, détenu par Google.

Selon France 24, cette décision "revêt un caractère presque diplomatique", après les déclarations d'Hillary Clinton. Selon la secrétaire d'Etat américaine, ce brûlot "semble avoir un objectif profondément cynique : dénigrer une grande religion et provoquer la colère".

Or, dans les règles de communauté du site de partage, il est stipulé que "les discours incitant à la haine, qui attaquent ou rabaissent un groupe en raison de la race, l'origine ethnique, la religion, le handicap, le sexe, l'âge, le statut de vétéran ou l'identité sexuelle" ne sont pas autorisés. 

… et défend le droit à la liberté d'expression

Pour autant, YouTube considère que le film - qui tourne en dérision le prophète Mahomet et évoque notamment les thèmes de l'homosexualité et de la pédophilie - n’enfreint pas ses règles d'utilisation. "Nous travaillons à créer une communauté que tout le monde apprécie et qui permet à chacun d'exprimer une opinion différente", souligne-t-il.

"C'est un défi parce que ce qui est sans problème pour un pays peut être offensant pour un autre. Cette vidéo, largement disponible sur internet, est dans notre ligne de conduite et restera donc sur YouTube" dans les autres pays, ajoute le communiqué.

Cette approche différenciée selon les pays peut s'avérer risquée pour YouTube, qui se targue de défendre la liberté d'expression, prévient Yochai Benkler, professeur de droit à Harvard cité par France 24. "ll faudra faire attention à ce que cette préoccupation au sujet de la violence ne nous amène pas à oublier que n'importe qui peut communiquer avec n'importe qui où que ce soit", souligne-t-il sur le site américain MarketPlace (lien en anglais).

We have to be careful that the concern over the violence doesn't lead us to give up that anybody can communicate with anybody else from anywhere to anywhere.

 

Certains pays n'ont pas attendu que YouTube décide ou non de restreindre l'accès au film. Pour la première fois, le gouvernement afghan a ordonné jeudi un blocage du site de partage de vidéos jusqu'à nouvel ordre.