Des lycéens se vantent d'avoir violé une fille et scandalisent les Etats-Unis

Deux membres de l'équipe de foot d'un lycée de l'Ohio avaient publié photos, tweets et vidéo de leurs agissements, dont Anonymous s'est fait l'écho. Leur procès aura lieu le 13 février.

Capture d\'écran de la vidéo dans laquelle un lycéen de Steubenville (Ohio) plaisante du viol, diffusée le 2 janvier 2013 sur YouTube.
Capture d'écran de la vidéo dans laquelle un lycéen de Steubenville (Ohio) plaisante du viol, diffusée le 2 janvier 2013 sur YouTube. (MISTERNUNYA / YOUTUBE)

L'affaire remonte au mois d'août 2012, mais elle prend une ampleur internationale depuis quelques semaines. Deux garçons américains de 16 ans, appartenant à l'équipe de football du lycée de Steubenville (Ohio), sont accusés d'avoir violé une adolescente de leur âge lors d'une nuit de beuverie, et de s'être échangé photos, tweets et vidéo de leurs agissements. Des enregistrements rendus publics, peu après, par des hackers se revendiquant d'Anonymous.

L'affaire, d'abord relayée par des médias locaux, a pris une dimension nationale avec une enquête du New York Times (lien en anglais) publiée en décembre. En attendant le procès des deux ados, qui aura lieu le 13 février, une partie de la ville manifeste son indignation. D'autres habitants prennent en revanche la défense des jeunes footballeurs et crient au lynchage. Que sait-on de cette affaire ? 

Un probable viol collectif au mois d'août

Le 11 août, la jeune fille participe à une soirée de beuverie avec des membres de l'équipe de foot des "Big Red". Très alcoolisée, au point de ne plus pouvoir marcher seule, selon des témoins cités par le New York Times (NYT), elle aurait été victime de viols, commis par deux joueurs, Trent Mays et Ma'lik Richmond. L'adolescente, trop ivre aux moments des faits, n'a aucun souvenir de l'événement, mais trois jours plus tard, ses parents portent plainte, avec des documents de la soirée trouvés sur internet.

Ces documents, une internaute, qui se décrit comme blogueuse judiciaire, les publie sur internet dans la foulée (lien en anglais). Certains tweets parlent de sodomie ; plusieurs photos de la jeune fille la montrent inconsciente, trimballée par deux garçons, ou encore étendue nue sur le sol. La police a dit avoir saisi des téléphones portables et des iPads, mais n'a pas révélé ce qu'ils contenaient. Le 27 août, Mays et Richmond sont officiellement inculpés. Leurs amis, dont les témoignages ont conduit à cette inculpation, sont écartés.

Une des difficultés de l'affaire réside dans l'absence de preuves médicales. L'adolescente, qui a été retrouvée par ses parents dormant sur leur pelouse le lendemain matin, a éliminé d'éventuelles traces d'ADN en se lavant. Par ailleurs, le délai entre les faits présumés et le dépôt de plainte est trop long pour vérifier si elle a été droguée.

Anonymous intervient dans l'affaire

En plus de la blogueuse judiciaire, des hackers se présentant comme membres du collectif Anonymous décident de publier certains enregistrements, en prenant le contrôle à distance de certains appareils numériques. Fin décembre, l'un d'entre eux menace de le faire, dans une vidéo (en anglais) où il demande à tous les protagonistes de se dénoncer. L'ultimatum est fixé au 31 décembre. 

Le 1er janvier, le site Localleaks (en anglais) publie une longue liste d'informations concernant les membres de l'équipe "Big Red Football". Ces Anonymous diffusent à cette occasion la vidéo d'un adolescent se vantant d'avoir violé une jeune fille. Titrées "Michael Colin Nodianos admet le viol", ces images ne montrent le visage que d'un seul garçon, mais son nom ne correspond pas à celui des deux accusés. Il est donc impossible, en l'état, d'en attester la fiabilité.

Les paroles prononcées par ce jeune homme sont choquantes. "Elle était encore plus morte que...", dit-il à plusieurs reprises, comparant le corps de la victime tantôt à celui de Jésus-Christ hors du tombeau, tantôt à celui de la femme assassinée d'O.J. Simpson. Quant au viol, il est qualifié en ces termes : "Il l'a encore plus violée que le flic a violé Marsellus Wallace dans Pulp Fiction". Un des témoins, peut-être un des violeurs, aurait également uriné sur elle, selon les dires du jeune footballeur.

La défense dénonce un lynchage

Cette affaire à la résonance nationale divise profondément Steubenville, une ville industrielle, qui compte un peu moins de 20 000 âmes. L'équipe de football y est très appréciée, et la mise en cause d'une grande partie du groupe provoque de vives tensions. Le 5 janvier, des dizaines de personnes ont manifesté devant le tribunal de la ville pour demander justice. "Le viol n'est pas un sport", indique cette pancarte, tandis que des manifestants appartenant au groupe #KnightSec, proche d'Anonymous, portent le masque de Fawkes, symbole de leur engagement. 

Des membres d\'Anonymous et des habitants de Steubenville (Ohio) manifestent devant le tribunal de la ville, le 5 janvier 2013.
Des membres d'Anonymous et des habitants de Steubenville (Ohio) manifestent devant le tribunal de la ville, le 5 janvier 2013. (MICHAEL D. MCELWAIN / AP / SIPA)

Les avocats de la défense, eux, dénoncent un lynchage public et assurent que les documents ne sont pas fiables. "Cette photo [de la jeune fille saisie par les mains et les pieds] est sortie de son contexte, dit l'un d'eux à CNN (lien en anglais). Cette jeune fille n'est pas inconsciente. Elle était capable de marcher, et ses amis l'ont bien dit à la police." Un des cadres de l'équipe, Nate Hubbard, assure que la police ment. "Le viol n'était qu'une excuse, je pense. Qu'allait-elle dire d'autre à ses parents, en rentrant ivre à ce point et après une nuit pareille ? Il fallait qu'elle invente quelque chose", assène-t-il au NYT. 

Un commerçant du coin se plaint surtout de la mauvaise image que cette affaire donne à la ville. "Condamner une ville entière pour ce qui s'est passé, c'est injuste. Condamner un lycée entier et tous les lycéens pour quelque chose qui ne concerne que quelques-uns d'entre eux, c'est injuste." La jeune fille, dont le nom n'a pas été révélé, reste protégée par la police.