Canal interocéanique du Nicaragua: un tracé qui fait des vagues

Le canal interocéanique du Nicaragua reliant les océans Pacifique et Atlantique passera par la principale source d’eau douce du pays, le lac Cocibolca. Approuvé par Managua, le 8 juillet 2014, le tracé de cette voie d'eau navigable, censée capter 5% du commerce mondial, contre 3% actuellement pour Panama, inquiète les experts environnementaux.

A El Castillo, localité nicaraguayenne, le Rio San Juan relie le lac Nicaragua à la mer des Antilles dans l\'océan Atlantique. Cet axe est la base du projet de canal concurrent de celui de Panama.
A El Castillo, localité nicaraguayenne, le Rio San Juan relie le lac Nicaragua à la mer des Antilles dans l'océan Atlantique. Cet axe est la base du projet de canal concurrent de celui de Panama. (PHOTO AFP/HEMIS.FR/DEGAS JEAN-PIERRE)
«Le canal traversera le territoire nicaraguayen d'est en ouest, sur une longueur totale estimée à 278 km, comprenant 105 km du lac Nicaragua» (lac Cocibolca), a déclaré le 8 juillet 2014, l'ingénieur de l’entreprise chinoise qui pilotera le projet, Dong Yungsong.

Le canal, qui fera de 230 à 520 mètres de large et 27,6 mètres de profondeur, partira de l'embouchure du fleuve Brito, sur la côte Pacifique, passera par le lac Cocibolca, puis par les affluents Tule et Punta Gorda, qui débouchent sur la mer des Caraïbes, a-t-il précisé, en garantissant qu'il s'agissait de l'option la plus respectueuse de l'environnement.

Des conséquences écologiques redoutées
Des études sur l'impact environnemental et sociétal du projet, susceptibles de modifier légèrement son parcours, doivent être achevées d'ici la fin de l’année 2014, a précisé un membre de la commission, Telemaco Talavera, président du Conseil national des universités (CNU).

Selon Courrier International, certains experts redoutent que ce projet d’ampleur ne provoque une «gigantesque catastrophe écologique» en raison du risque de pollution du Cocibolca (8.600 km²), deuxième lac d'eau douce d'Amérique latine après le lac Titicaca, entre Pérou et Bolivie. 

Outre le risque de pollution de la principale source d'eau potable pour le pays, les adversaires du projet dénoncent les conséquences de la construction du canal, qui implique la destruction de la jungle où vivent des populations indigènes, communautés défavorisées.

Le projet confié à un groupe chinois
Estimé à 40 milliards de dollars, le projet est piloté par la société Hong Kong Nicaragua Development, qui a obtenu du parlement du Nicaragua une concession de 50 ans renouvelable de 50 ans pour ce projet. HKND est dirigée par Wang Jing, un milliardaire de 41 ans, également président de la société chinoise Xinwei Telecom Enterprise Group. Lors de la présentation du tracé, le 8 juillet 2014, rien n'a filtré sur le financement des travaux, souligne RFI, contrairement aux promesses de M. Jing qui devait y présenter des investisseurs.

D'après le projet, près 40.000 emplois pourraient être crées et multiplier ainsi par deux ou trois le PIB du pays qui reste l'un des plus pauvres d'Amérique centrale. Outre ce canal, est prévue la construction d'un aéroport, de deux ports, de deux zones franches, d'un oléoduc et même d'un canal ferroviaire entre les deux océans, selon Le Parisien

Le canal pourra gérer 5.100 navires par an, qui mettront 30 heures pour rallier l’Atlantique au Pacifique, sur un parcours de 278 kilomètres. Plus de cent ans après celui de Panama qui fait 77 km, le canal du Nicaragua surpassera également celui de Suez long de 163km. Les travaux devraient débuter en décembre 2014 et se terminer en 2019, pour une mise en service en 2020.