Bolivie : la crise s'aggrave, l'armée demande au président Evo Morales de démissionner

Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (sud-ouest), le président de l'Assemblée nationale a présenté sa démission, imité par une dizaine de députés.

Evo Morales, président de la Bolivie, lors d\'une réunion avec des représentants des mineurs à la Paz, en Bolivie, le 7 novembre 2019.  
Evo Morales, président de la Bolivie, lors d'une réunion avec des représentants des mineurs à la Paz, en Bolivie, le 7 novembre 2019.   (STRINGER / REUTERS)

La crise politique s'aggrave en Bolivie. Plusieurs ministres et députés, dont le président de l'Assemblée, ont démissionné dimanche 10 novembre, tandis que l'armée appelle le président Evo Morales à faire de même, après trois semaines de contestation de sa réélection.

"Après avoir analysé la situation, nous demandons au président de renoncer à son mandat présidentiel, ce qui permettra de rétablir la paix et de maintenir la stabilité pour le bien de la Bolivie", a déclaré le commandant des forces armées du pays, Williams Kaliman, aux journalistes. 

Démissions en série 

le dirigeant indigène de 60 ans a convoqué, plus tôt dans la journée dimanche, une nouvelle élection présidentielle, après la publication d'un rapport de l'Organisation des États américains (OEA) réclamant l'annulation du scrutin contesté du 20 octobre pour cause d'irrégularités .Cette annonce d'un nouveau scrutin – une option qu'il rejetait jusque-là – visait à "pacifier la Bolivie" mais n'a pas réussi à apporter le calme, et les affrontements entre protestataires et forces de l'ordre se poursuivaient dimanche.

Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (sud-ouest), le président de l'Assemblée nationale, Victor Borda, a démissionné, imité selon la télévision bolivienne par une dizaine de députés. Peu après, le ministre des Mines, César Navarro, a également renoncé à son poste, disant vouloir "préserver (sa) famille" après l'incendie de sa maison et l'agression de son neveu.

"Le cours des événements va à l'encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques", a écrit quant à lui le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, dans sa lettre de démission envoyée au président et publiée sur Twitter.

Trois morts et 383 blessés en trois semaines de contestation 

Plusieurs dirigeants de l'opposition ont exhorté le chef de l'Etat à lui aussi démissionner. Le président bolivien a annoncé qu'il allait "renouveler l'ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE)", puis "convoqu(er) de nouvelles élections qui permettront, en votant, au peuple bolivien d'élire démocratiquement de nouvelles autorités". Mais il n'a pas spécifié la date de ce nouveau scrutin, ni s'il s'y représenterait.

Le scrutin du 20 octobre a abouti à la réélection d'Evo Morales pour un quatrième mandat jusqu'en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d'un référendum en février 2016. Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de 10 points celui de Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l'opposition. 

Les signes d'aggravation de la situation se multipliaient ces derniers jours, avec des mutineries d'unités policières dans plusieurs régions du pays et l'occupation de médias d'Etat par des manifestants. "Notre démocratie est en danger à cause du coup d'Etat en cours que des groupes violents ont lancé contre l'ordre constitutionnel", avait estimé Evo Morales vendredi soir. La vague de contestation qui secoue le pays depuis trois semaines a fait trois morts et 383 blessés.