Au Venezuela, que révèle la pénurie de papier toilette ?

Les députés ont voté un budget de 79 millions de dollars pour importer ces produits d'hygiène et ainsi remédier à la pénurie qui touche le pays. Mais cette initiative risque de n'avoir qu'un effet temporaire. 

La cliente d\'un supermarché de Caracas dans les rayons vides, le 13 mai 2013, alors qu\'une pénurie de produits de première nécessité frappe le Venezuela. 
La cliente d'un supermarché de Caracas dans les rayons vides, le 13 mai 2013, alors qu'une pénurie de produits de première nécessité frappe le Venezuela.  (JORGE SILVA / REUTERS)

Trente-neuf millions de rouleaux de papier toilette, 50 millions de serviettes hygiéniques, 10 millions de pains de savon, 17 millions de couches jetables et trois millions de tubes de dentifrice : l'Assemblée nationale vénézuélienne a dressé la plus grande liste de courses de son histoire. Mardi 21 mai, les députés ont voté un budget spécial de 79 millions de dollars pour importer ces produits d'hygiène et ainsi remédier à la pénurie qui touche le pays. 

Mais comment le pays abritant les plus grandes réserves d'hydrocarbures du monde s'est-il retrouvé dans cette situation ?

Un problème économique

A cause de l’évolution du taux de change entre le bolivar et le dollar, importer du papier toilette coûte au Venezuela 50% plus cher aujourd’hui qu’en janvier. Dans ce pays en proie à des taux d'inflation très élevés (près de 30%, notait début mai l'agence économique américaine Bloomberg), "le prix des biens de première nécessité est plafonné afin que tout le monde puisse y avoir accès", a indiqué Christine Rifflart, spécialiste de l’économie de l’Amérique latine à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), contactée par France 24.

Sauf qu'"à certains moments, écrit le quotidien espagnol El Pais, cité par Rue89les prix maximums autorisés se situent en dessous du coût de production et toujours sous ceux du marché". Résultat, personne n'a intérêt à importer ces produits. Si le papier toilette a attiré l'attention des médias, pour d'évidentes raisons potaches, le site rappelle que cette pénurie concerne aussi de nombreux produits de première nécessité, tels que les œufs, le lait, la farine ou encore le café.

Un problème stratégique

Pour les connaisseurs du pays, le Venezuela souffre d'une économie uniquement basée sur les immenses ressources pétrolières du pays. "Il se concentre tellement sur l’export de ses hydrocarbures, et ne produit rien d’autre : en exportant son pétrole, certes il engrange des devises, mais cela l’incite à importer ce dont il manque, avait noté Gudrun Blank, directrice de la communication à la chambre de commerce et d’industrie germano-vénézuélienne de Caracas, interrogée en avril par Arte.tv.

"Hugo Chavez s’est entièrement reposé sur la manne pétrolière et n’a eu aucune politique industrielle pour diversifier l’économie vénézuélienne", a confirmé Christine Rifflart à France 24. 

Un problème politique 

Pour le gouvernement de Nicolas Maduro, lequel a succédé dans un climat délétère à Hugo Chavez, décédé en mars, "les fabricants seraient de mèche avec l’opposition pour ne pas mettre leurs produits sur le marché, ceci dans l’espoir de provoquer le mécontentement parmi la population, et d’entraîner à terme la déstabilisation du pays", raconte le blog Venezuelatina, tenu par un expatrié français. "Nous avons toujours dénoncé les stratégies de stockage et de spéculation et la campagne de terreur qui s'est répandue auprès de certaines personnes, les obligeant à des achats frénétiques et compulsifs", a affirmé Jose Avila, un député du parti au pouvoir, cité par l'AFP.

De leur côté, "les patrons, eux, pointent le contrôle des prix et celui des changes, la bureaucratie et la corruption", a rapporté Le Monde.fr (article pour abonnés), et assurent que cette situation n'est qu'une conséquence de la révolution bolivarienne mise en place par Hugo Chavez. Pas sûr qu'une livraison massive de papier toilette ne parvienne à régler ces divergences.