Accords de paix en Colombie : les Farc au défi d'une nouvelle vie

Les Farc et le gouvernement colombien doivent signer lundi 26 septembre à Carthagène des Indes (nord) un accord de paix historique, pour en finir avec un conflit armé qui déchire le pays depuis plus d'un demi-siècle.

Au dernier jour d\'une Conférence nationale inédite à El Diamante (sud-est) le 23 septembre, les Farc ont exprimé leur soutien à l\'accord de paix conclu le 24 août avec le gouvernement colombien.
Au dernier jour d'une Conférence nationale inédite à El Diamante (sud-est) le 23 septembre, les Farc ont exprimé leur soutien à l'accord de paix conclu le 24 août avec le gouvernement colombien. (JOHN VIZCAINO / REUTERS)

Le gouvernement colombien et les Farc signent définitivement la paix lundi 26 septembre à Carthagène, au nord de la Colombie. Les accords de paix, 297 pages au total, négociés pendant quatre ans entre le président Juan Manuel Santos et le groupe armé devront être validés par un référendum, dimanche 2 octobre. Les sondages donnent le "oui" gagnant à plus de 60%.

Un long processus de réintégration

Les Farc, qui ont commencé à se battre il y a 52 ans, comptent aujourd'hui environ 7 000 combattants, qui vont devoir réapprendre à vivre dans la légalité. Certains ex-combattants, des déserteurs selon les Farc, sont déjà passés par ce processus de réintégration.

Costume sombre, sourire gêné, un peu nerveux, Luis, 35 ans raconte. Adolescent, il est entré chez les Farc et il a passé onze ans avec la guérilla. Démobilisé en 2005, il a mis du temps pour reconstruire sa vie sans les ordres quotidien du groupe armé. "Là-bas on se lève à 4h45 du matin et on dort à 20 heures. Pour tout il faut demander une permission, pour se laver, pour aller aux toilettes, pour avoir une relation sexuelle, pour se mettre en couple, pour tout il faut demander la permission. Le plus important chez les Farc c'est d'obéir aux ordres", explique-t-il.

Le pardon, ce n'est pas juste un motLuis, ancien membre des FarcFranceinfo

Luis a aussi souvent reçu l'ordre de tuer. Là encore, il a mis très longtemps avant de ressentir une quelconque honte. Aujourd'hui, il s'engage pour la réconciliation auprès des victimes."J'ai un jour rencontré une femme. Elle m'a dit : ‘Vous étiez là le jour où on a tué mon mari et enlevé mes deux fils. Qu'est-ce que vous avez fait de mes enfants ?’ Et moi je lui ai dit qu'on les avait tués. Je ne lui ai pas demandé pardon, je ne lui ai même pas dit que j'étais désolé, rien du tout. Mais si un jour j'ai de nouveau l'opportunité d'avoir face à moi une victime, je le ferai. Et en plus de demander pardon à cette femme, je lui demanderais de quoi elle a besoin. Car le pardon, ce n'est pas juste un mot mais c'est aussi de pouvoir dire : ‘Vous pouvez compter sur moi’".

Retour à la vie civile et entrée au Parlement

Comme Luis, les anciens combattants des Farc vont devoir mener un travail de vérité, obligatoire pour éviter la prison et recevoir une aide financière pour la réintégration. Les accords de paix prévoient également un engagement des Farc dans la vie politique du pays. Des points scandaleux pour les opposants au texte mais logiques pour Frédéric Massé, professeur d'université à Bogota, spécialiste du conflit armé. "L'argument des anciens combattants, c'est de dire : 'On a pris les armes pour faire de la politique, si on dépose les armes c'est pour continuer à faire de la politique'. On va donner aux Farc pendant une période transitoire, un certain nombre de sièges au Parlement, cinq au Sénat, cinq à la Chambre des représentants. C'est pas comme ça qu'ils vont non plus changer ou bouleverser la vie politique colombienne", explique Frédéric Massé.

Et environ 20% des combattants des FARC ne serait pas partisans d'un retour à la vie civile. Ils pourraient alors choisir de rejoindre l'ENL, la seconde guérilla de Colombie qui n'a, elle, pour l'instant, pas encore débuté de négociations de paix avec le gouvernement.

Sarah Maquet a rencontré Luis. Combattant des Farc pendant onze ans, il a quitté la guérilla en 2005. Reportage
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