Le cricket veut reprendre sa place de sport roi au Pakistan

Après six années de privation de compétitions internationales à domicile pour cause d'attentat, l'équipe du Pakistan de cricket reçoit enfin un adversaire, le Zimbabwe. L'équipe était isolée depuis le 3 mars 2009, date à laquelle un commando armé avait attaqué l'équipe du Sri Lanka en marge d'un match. Retour sur un sport national dont la popularité ne s'est jamais démentie.

L\'équipe du Pakistan de cricket affrontait le Bangladesh, le 9 mai 2015 à Dacca. 
L'équipe du Pakistan de cricket affrontait le Bangladesh, le 9 mai 2015 à Dacca.  (MUNIR UZ ZAMAN / AFP)
Les joueurs zimbabwéens disputeront une série de cinq matchs qui les opposera à l'équipe du «Pays des purs» entre le 22 et le 31 mai à Lahore, capitale de la province du Pendjab et deuxième ville du Pakistan. Ce premier adversaire international reste modeste car les grandes puissances du cricket refusent toujours de se rendre au Pakistan pour causes de violences.
 
En mars 2009, un commando de douze assaillants lourdement armés de lance-roquettes et de fusils d'assaut avait attaqué le bus de la sélection nationale sri-lankaise, en plein Lahore. Cet attentat avait fait huit morts, six policiers et deux civils, et blessé sept joueurs. Au moment de l'attaque, l'équipe du Pakistan était l'une des meilleures du monde.
 
Des matchs délocalisés 
Depuis, l'équipe nationale a été obligée de jouer aux Emirats Arabes Unis les matchs où elle était censée recevoir l'adversaire, privant ses supporters de rencontres à domicile. Le Pakistan avait seulement pu accueillir des internationaux handisports ainsi qu'un match diplomatique contre l'équipe B afghane.

Toutefois, l'équipe du Pakistan continuait de participer aux rencontres internationales à l'extérieur du pays. En février et mars 2015, la sélection pakistanaise a disputé la Coupe du monde de cricket, où elle a été éliminée en quart de finale.
 
Les séquelles de cette attaque sont toujours présentes. Les membres de l'équipe du Zimbabwe n'auront pas le droit de quitter leurs chambres d'hôtel sans être escortés et leurs déplacements seront restreints entre le stade et leur hôtel pour des raisons de sécurité. 

Mi-mai, la sélection zimbabwéenne avait d'ailleurs annulé sa venue suite au massacre de 43 chiites dans l'attaque d'un bus à Karachi, revendiquée par le groupe Etat islamique, avant de se raviser. Quant à la Fédération internationale de cricket, elle a refusé d'envoyer des arbitres pour ces matchs, toujours pour des raisons de sécurité. Et ce, même si le stade Gaddafi de Lahore sera placé sous haute surveillance: 6000 policiers ont été réquisitionnés pour quadriller la zone.
 
Des millions d'adeptes et des milliers de clubs
Le cricket est une discipline très populaire au Pakistan où il a des millions de fans et d'adeptes. La correspondante de 20 minutes au Pakistan recensait 900 clubs à Karachi, 400 à Lahore et 200 à Islamabad, la capitale, avant l'attaque. C'est même le sport de plus populaire d'Asie du Sud, dans les pays de l'ex-empire britannique.
 
Ce sport permet, selon Le Monde, l'apaisement des relations internationales, on parle de «trêve du cricket» entre l'Inde et le Pakistan. Les diplomates de ces deux pays profitent des matchs pour parler plus posément.
Le 15 février, le match de Coupe du monde en phase de poule entre le Pakistan et l'Inde a réuni plus d'un milliard de téléspectateurs, un record mondial d'audience, comme le précise Le Figaro. C'est bien plus que pour le Super Bowl ou les cérémonies d'ouverture des Jeux Olympiques.
 
La Fédération pakistanaise de cricket estime avoir perdu près de 120 millions de dollars pendant ces six ans, en recettes de billetterie et en droits de diffusion. Au moment de l'attentat, ce secteur employait 700.000 professionnels (joueurs, sponsors, médias, associations, industriels…).

La Fédération attend beaucoup de cette tournée pour raviver la flamme du cricket international sur le territoire pakistanais après six longues années pendant lesquelles les stades sont restés vides.