Tunisie: la fonction publique «démembrée» ?

Sous le titre «Démembrement», le journal de Tunis La Presse publie une enquête très fouillée sur l’administration tunisienne soumise, selon le quotidien, à une déferlante de «recrutements anarchiques», surtout des fidèles du pouvoir dominé par les islamistes d’Ennahda. Mais aussi des «jihadistes purs et durs». Alors que sont limogés des «cadres chevronnés mais non partisans» de ce pouvoir…

Le ministère de l\'Intérieur à Tunis (1-11-2012)
Le ministère de l'Intérieur à Tunis (1-11-2012) (AFP - Fethi Belaïd)
«Le nouveau mode de fonctionnement sème panique et trouble dans les rangs de la fonction publique», écrit la journaliste Olfa Belhassine, qui a réalisé l’enquête. Motif, selon un observateur de la situation cité dans le papier : «87,12% des nominations et recrutements dans le secteur public ont été effectués au profit de partisans ou de sympathisants de la Troïka» (coalition au pouvoir composé de la formation islamiste et de deux partis «laïcs», Ettakatol et le CPR).

Parmi les recrutés, on trouverait en premier lieu les bénéficiaires d’une amnistie promulguée au lendemain de l’amnistie générale proclamée après la révolution du 14 janvier 2001, qui a suivi le départ du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali. En l’occurrence «essentiellement des islamistes mais également des jihadistes purs et durs». Exemple : «Seif Eddine Raies, porte-parole d’Ansar Echaria, organisation classée terroriste par le ministère de l’Intérieur depuis juillet 2013, occupe aujourd’hui un poste dans le secteur de l’enseignement à Kairouan».

Selon l’article, «le plus gros lot des nominations politiques» reviendrait à Ennahda. «Des ambassadeurs et des consuls, des gouverneurs, des magistrats, des dizaines de P.-D.G. dans des secteurs stratégiques comme les médias, la sécurité, les statistiques et l’informatique, des centaines de directeurs généraux et de chefs de service, une armada de conseillers et de chargés de mission» se recruteraient dans ses rangs ou dans ceux de ses sympathisants.
 
Exit alors les critères de compétence et de neutralité ? Cette situation aurait fait perdre, selon les chiffres de l’Union tunisienne du service public et de la neutralité administrative, «plus de 50 %» de rendement au service public. D’où la question de La Presse : «Est-ce une tentative de démanteler l’un des territoires de l’Etat en y semant l’idéologie islamiste? Lorsqu’un ministre interrompt une réunion décisive pour aller effectuer sa prière avec l’ensemble de son cabinet ou lorsqu’on installe un muezzin dans un ministère», en l’occurrence celui des Affaires religieuses, «on change les repères et les codes d’un système fondé sur la neutralité».
 
Une évolution plus qu’inquiétante si elle se confirme…
 
Dans le même temps, les effectifs de l’administration tunisienne ont gonflé : ils auraient augmenté d’au moins 60.000, selon les sources officielles, 100.000, selon des sources indépendantes. Soit entre 10 et plus de 18 % ! Difficile à comprendre quand on sait qu’économiquement, la Tunisie se trouve au bord du dépôt du bilan…